Je n'aime pas aller dans des pays que je ne connais pas. J'ai toujours envie de revenir, de revoir, de revisiter, de comparer et peut-être aussi de me dire: "Quelle chance j'ai eue, il y a vingt ans d'être allé à Saigon, à Djibouti, à Mogadisco!".

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Avec Errance, je ne parle pas des problèmes du monde, je parle d'autre chose, je parle de la globalisation, un mot qui est maintenant devenu très à la mode et qui est au cœur de la définition de l'errance. Cette globalisation qui fait qu'un certain nombre de lieux se retrouvent partout, dans toutes ces zones intermédiaires, est le signe de la modernité de l'errance.
L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c'est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s'accepter ? Qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que je vaux, quel est mon regard ?
L'idée forte de l'errance, c'est qu'on ne prend rien à personne. On ne s'accapare pas un lieu. L'errant est quelqu'un qui passe, il ne s'approprie pas, il ne vole pas.
J'ai peur de beaucoup de choses. J'ai peur de la solitude et j'ai peur aussi de décevoir, j'ai peur de mal aimer ou d'aimer mal. J'ai peur de toucher la main d'une jeune femme, j'ai peur de l'embrasser, j'ai peur de faire l'amour avec elle, j'ai peur de faire une photo de guerre, j'ai peur aussi des mots quelquefois.
Le désert est une fantastique leçon de modernité. D'abord parce qu'il n'y a personne, et les seuls individus que l'on croise ne laissent entrevoir que leurs yeux. Et très vite, on est loin des gens: à quatre mètres, les gens sont loin. L'environnement inclut la distance. L'environnement est à égalité avec l'homme. L'homme est peut-être même plus petit. C'est un élément de l'environnement au même titre qu'un arbre ou une pierre. L'homme n'est pas prédominant ou dominateur.
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On va aussi dans le désert pour marcher, pour la philosophie, pour l'espace. Il y a tellement de déserts. On peut se sentir seul, se retrouver.
L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c'est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s'accepter ? Qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que je vaux, quel est mon regard ?
Le fou et le photographe sont quand même assez proche. C'est quand même un peu une folie de faire sa valise, d'emporter des films vierges, un appareil, de prendre un avion, de côtoyer des hommes d'affaires ou des gens qui voyagent pour des raisons sentimentales.
Cette solitude est nécessaire pour le regard. Je dis souvent que je suis comme un petit garçon en voyage, dans ma solitude de voyageur.
Dans un voyage, on évolue, on change, on se transforme. Et souvent, on rentre et tout est annulé par le retour.