Avec Errance, je ne parle pas des problèmes du monde, je parle d'autre chose, je parle de la globalisation, un mot qui est maintenant devenu très à la mode et qui est au cœur de la définition de l'errance. Cette globalisation qui fait qu'un certain nombre de lieux se retrouvent partout, dans toutes ces zones intermédiaires, est le signe de la modernité de l'errance.

À lire aussi de Raymond Depardon

Ou l'on reste dans un endroit, ou au contraire on roule, on avance, sans jamais faire marche arrière. Ce sont même deux techniques de photographie. Quelquefois, on s'arrête dans un lieu qu'on détermine un peu à l'avance, on choisit son cadre et puis on attend que quelqu'un passe au bon endroit. Ou au contraire, on avance et on ne fait jamais marche arrière, on avance toujours, peu importe où l'on va, au hasard. Parfois on peut passer de l'une à l'autre de ces deux méthodes dans un même sujet.
L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c'est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s'accepter ? Qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que je vaux, quel est mon regard ?
La photographie est l'éloge de chaque moment, en tant qu'il ne ressemble à aucun autre. Personne ne peut faire la même photo.
J'ai cette chance de voyager, mais si un jour je ne pouvais plus le faire, je ne pourrais plus me remettre en question, me confronter à des réalités, à ce réel qui m'a longtemps obsédé et qui continue à être un élément moteur dans ma vie.
J'ai peur de beaucoup de choses. J'ai peur de la solitude et j'ai peur aussi de décevoir, j'ai peur de mal aimer ou d'aimer mal. J'ai peur de toucher la main d'une jeune femme, j'ai peur de l'embrasser, j'ai peur de faire l'amour avec elle, j'ai peur de faire une photo de guerre, j'ai peur aussi des mots quelquefois.
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Dans la même œuvre

On va aussi dans le désert pour marcher, pour la philosophie, pour l'espace. Il y a tellement de déserts. On peut se sentir seul, se retrouver.
L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c'est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s'accepter ? Qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que je vaux, quel est mon regard ?
Le fou et le photographe sont quand même assez proche. C'est quand même un peu une folie de faire sa valise, d'emporter des films vierges, un appareil, de prendre un avion, de côtoyer des hommes d'affaires ou des gens qui voyagent pour des raisons sentimentales.
Cette solitude est nécessaire pour le regard. Je dis souvent que je suis comme un petit garçon en voyage, dans ma solitude de voyageur.
Dans un voyage, on évolue, on change, on se transforme. Et souvent, on rentre et tout est annulé par le retour.