Je crois qu'on doit avoir des faiblesses. Chacun a ses faiblesses, et je n'en ai aucune pour le cinéma. Franchement, il y a une telle production commerciale, qui domine tellement les quelques films qui sont intéressants…

À lire aussi de Pierre Boulez

Une culture forte est une culture qui peut se débarrasser de ces antécédents, parfois avec violence. Une culture faible au contraire s'en protège, ce qui me paraît très dangereux.
Pour moi, l'inabouti ne s'explique pas par un manque de temps ou de courage, mais il se justifie tout simplement parce qu'il nous satisfait davantage que l'abouti.
Entre le début du XIXe siècle et aujourd'hui, la différence d'audition est considérable: Beethoven donnait ses quatuors un dimanche matin au-dessus d'un troquet en présence de quelques rares auditeurs, alors qu'aujourd'hui, un quatuor de Beethoven peut se jouer dans une salle de deux mille places. La façon de concevoir et d'écouter la musique n'est plus du tout la même...
Je pense que les scientifiques sont plus humbles que les artistes, et ont raison de l'être en ce sens qu'ils ne sont jamais sûrs que le système est justifié. Ils le justifient provisoirement. Ils travaillent dans un certain provisoire qui peut le rester pendant très longtemps : par exemple, Newton a été provisoire pendant pas mal de temps, mais ce n'était que du provisoire.
Je pense qu'on doit mettre le feu à sa bibliothèque tous les jours, pour qu'ensuite la bibliothèque renaisse comme un phénix de ses cendres, mais sous une forme différente. Pour moi, ce qui est intéressant, c'est justement de ne pas être étouffé par la bibliothèque.
Toutes les citations de Pierre Boulez →

Dans la même œuvre

Ce qui est intéressant en musique, c'est la coupure, c'est-à-dire la notion d'intervalle, de subdivision, de cassure, de trajectoire (non pas la notion de trajectoire directe, mais de trajectoire mêlée à d'autres paramètres comme ceux du temps par exemple).
Je dois dire, sans faire preuve de spéciale humilité, que les philosophes m'ont toujours intimidé parce que je n'étais pas très fort en philosophie quand j'étais jeune, et il en est resté des traces… En tout cas, je me suis senti toujours en état d'infériorité.
Dans ce cas de confrontation avec la philosophie, je me sens ainsi tout à fait dans la peau de Foucault par rapport à la musique : je pense, je lis mais je ne me sens pas du tout capable de formuler — ou si je formule quelque chose, je le fais par la musique et non plus par les mots, si je puis dire. Ce n'est donc pas tellement de ma part un complexe d'infériorité. Disons seulement que je me sens sur un territoire où ma formulation pourrait, j'imagine, prêter à sourire, et je préfère éviter cela.
Pour moi, même les films de gens qu'on élève sur le pavois me paraissent tout à fait incompatibles ou incomparables avec la meilleure littérature du siècle. Je veux dire qu'on n'a jamais eu un Joyce en film : je regrette beaucoup, mais ça n'existe pas pour moi, ou en tout cas, je n'en ai pas vu l'équivalent.
Le cinéma en général me laisse passablement indifférent, jusqu'à Godard qui a essayé de casser la forme du film pour le recomposer de façon différente : l'histoire elle-même est tissée de toutes ces citations que j'appelle « de cabinet de dentiste », et lorsqu'on entend s'exclamer « Quel merveilleux intellectuel ! », je trouve ça au contraire assez pénible… C'est peut-être une opinion un peu tranchée, mais enfin elle est très profondément ancrée en moi.