Il est vrai que le confinement n’est pas le même pour tout le monde. Même en cas de crise sanitaire, la lutte des classes a de beaux restes. Certes, à la morgue, tout le monde se ressemble, et ce virus semble apprécier particulièrement ces classes supérieures mondialisées qui partagent leurs postillons dans les aéroports. Léger sentiment de revanche chez tous les autres, en attendant d’être contaminés à leur tour. Mais à présent que chacun se retrouve face à lui-même, et face à son intérieur, il faut avouer que la sélection sociale reprend ses droits.
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Je crois à l'économie de marché, à partir du moment où elle est contrecarrée par des valeurs non marchandes, par des solidarités humaines, et à partir du moment où le marché ne s'étend pas à toutes les strates de la vie humaine. C'est un outil et pas un projet.
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Nous avons tous besoin de modèles, de nous identifier à d'Artagnan, Cyrano ou Julien Sorel. Si l'école ne leur donne pas cette possibilité-là, nos jeunes iront chercher leurs modèles ailleurs, dans les jeux vidéo, les blockbusters américains et au sein de l'État islamique. Il faut redonner du sens et développer un humanisme nouveau, c'est-à-dire une très haute idée de ce qu'est l'être humain et de ce que doit être sa vie.
Les jeunes gens qui n’ont pas la moindre notion d’histoire ou d’histoire des idées, incapables, par ignorance, par démission de l’école, de s’inscrire dans cette généalogie qui est celle de l’humanisme et des Lumières, n’ont aucune chance de se sentir français puisque être Français, c’est être héritier de cette histoire. Nous les avons privés de leur héritage.
Si nous voulons que notre école n’ajoute pas au malheur du monde, quand elle devait au contraire contribuer à le combattre, il faut sans doute retrouver cette certitude que le savoir libère les hommes en les inscrivant dans une continuité, celles des hommes qui les ont précédés, et dans une communauté, celle de la société dont ils partagent les valeurs.
Aussi, disons-le clairement, ce dont la France souffre aujourd’hui est avant tout une absence totale de maîtrise de la langue (ce qui, de la part de professeurs, pose tout de même un certain problème). Non, la France n’a jamais été un pays « multiculturel », mais un pays « multiethnique ».