Je connaissais bien François Mitterrand. Trois mois avant l’élection, je l’avais appelé pour lui parler de Coluche : « Il y a dans ce clown et dans son humour post-68 quelque chose de salubre. » Mitterrand détestait Mai 68 qui, croyait-il, lui avait fait perdre cinq ans. « Salubre ?, me répondit-il. Salubre est un mot des surréalistes et Coluche est effectivement leur descendant.

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Je suis meilleur faiseur de journal que journaliste. Je faisais deux trois articles par an, mais ce n’était pas ma spécialité. Je préfère la formation, appeler les gens dans mon bureau et les conseiller. J’étais assez dur en formateur mais en même temps fraternel.
Un de mes traits de caractère est d’avoir un peu d’humour, mais j’ai mis quatre ans à me décider. Je me disais que j’allais gâcher ma carrière. C’était il y a douze ans et je n’ai rien gâché du tout. Mes amis, c’était Olivier de Kersauson, Jean Yanne, Jacques Martin, Carlos… On passait des nuits chez Castel, un endroit mythique qui n’était pas du tout mondain comme on l’a dit mais un bistrot où ça se passait. Oui, il y avait des vedettes de cinéma, Bardot, etc., mais ce n’était pas du tout un truc pour les bourgeois arrivés, il y en avait, mais c’était nous les patrons.
À 18 ans, je suis rentré au Paris-Presse. J’avais un petit bonheur de style. Ça m’est venu naturellement. C’est la seule chose que je sache faire un peu. Ce n’est pas à 77 ans et demi que je vais faire le modeste, j’étais doué pour ça. À 20 ans j’étais grand reporter à « Jours de France ». Je faisais le tour du monde.
J’adore la poésie, la littérature et j’adore faire des citations. Je suis « babeleu » cuistre. J’ai une passion folle pour la poésie, mais il s’avère que je suis très grossier. Je peux dire « ma bite » et réciter Le cimetière marin dans un souffle. C’est un peu bluffant. Je pense que les gens se disent que ce n’est pas possible de dire ça, mais que c’est Bénichou.
Si vous me demandez de faire mon éloge, ce qui est ridicule, je dirais cela : je sais faire des grosses plaisanteries et parler de choses qui sont difficiles. Je ne laisse pas l’un manger l’autre. J’ai ce plaisir-là. Il n’y a pas de raison que ça s’arrête un jour, c’est mon plaisir. C’est assez paradoxal et je m’y trouve bien.
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Coluche était double, totalement schizophrène, bipolaire. « Je cohabite avec une charogne », disait, je crois, sainte Thérèse d’Avila. Coluche cohabitait avec une charogne. Il était le beauf, ce n’était pas un sale con, mais un beauf – à l’époque on disait « poujadiste » –, et aussi un libertaire. Un révolutionnaire. Vulgaire et tendre, autoritaire et généreux.