Un de mes traits de caractère est d’avoir un peu d’humour, mais j’ai mis quatre ans à me décider. Je me disais que j’allais gâcher ma carrière. C’était il y a douze ans et je n’ai rien gâché du tout. Mes amis, c’était Olivier de Kersauson, Jean Yanne, Jacques Martin, Carlos… On passait des nuits chez Castel, un endroit mythique qui n’était pas du tout mondain comme on l’a dit mais un bistrot où ça se passait. Oui, il y avait des vedettes de cinéma, Bardot, etc., mais ce n’était pas du tout un truc pour les bourgeois arrivés, il y en avait, mais c’était nous les patrons.
❧
Coluche était double, totalement schizophrène, bipolaire. « Je cohabite avec une charogne », disait, je crois, sainte Thérèse d’Avila. Coluche cohabitait avec une charogne. Il était le beauf, ce n’était pas un sale con, mais un beauf – à l’époque on disait « poujadiste » –, et aussi un libertaire. Un révolutionnaire. Vulgaire et tendre, autoritaire et généreux.
◆
À lire aussi de Pierre Bénichou
Je me suis toujours annoncé et cru sincèrement de gauche. J’ai fait mes débuts dans la presse liée à la gauche.
Je suis d’une génération qui était particulièrement idéologique. On est passé par tous les trucs, le communisme, le gauchisme, et tout ça a échoué terriblement. Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux de l’humanisme, aussi bête que cela puisse paraître.
Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux de l’humanisme, aussi bête que cela puisse paraître. Je crois que si on en revenait à cette vision du monde, les choses pourraient avancer beaucoup plus.
Aujourd’hui, je gagne trois fois ce que je gagnais à l’Observateur, en travaillant quatre fois moins. Je ne possède rien mais je ne calcule plus. Je suis heureux de ne plus avoir de soucis matériels dans l’immédiat. J’ai eu une période de gloriole quand j’étais chez Michel Drucker le dimanche, mais la période où j’étais le plus connu, c’était quand je faisais « Droit de réponse » avec Michel Polac. Bien sûr que j’aime bien quand les gens me reconnaissent dans la rue. Quoique, maintenant, ça me fait un peu chier. Je sens que je penserai que j’aimais cela, quand ça m’emmerdera qu’on ne me le demande plus.
Dans la même œuvre
Je connaissais bien François Mitterrand. Trois mois avant l’élection, je l’avais appelé pour lui parler de Coluche : « Il y a dans ce clown et dans son humour post-68 quelque chose de salubre. » Mitterrand détestait Mai 68 qui, croyait-il, lui avait fait perdre cinq ans. « Salubre ?, me répondit-il. Salubre est un mot des surréalistes et Coluche est effectivement leur descendant.