Je connaissais bien François Mitterrand. Trois mois avant l’élection, je l’avais appelé pour lui parler de Coluche : « Il y a dans ce clown et dans son humour post-68 quelque chose de salubre. » Mitterrand détestait Mai 68 qui, croyait-il, lui avait fait perdre cinq ans. « Salubre ?, me répondit-il. Salubre est un mot des surréalistes et Coluche est effectivement leur descendant.
❧
Je me suis toujours annoncé et cru sincèrement de gauche. J’ai fait mes débuts dans la presse liée à la gauche.
◆
À lire aussi de Pierre Bénichou
Le petit juif de Varsovie, la petite fille au Vietnam, c’est touchant mais ça n’a pas fait arrêter les guerres. Et là, avec Aylan, c’est comme si quelque chose de miraculeux se produisait. Les plus rétifs à l’aide internationale comme Angela Merkel et le public le plus poujadiste, les ancêtres du lepénisme qui ont pour slogan « la France aux Français », même ceux-là ont été touchés. Quand un photographe parvient à saisir la tragédie ou le bonheur, c’est une bonne photo.
À 18 ans, je suis rentré au Paris-Presse. J’avais un petit bonheur de style. Ça m’est venu naturellement. C’est la seule chose que je sache faire un peu. Ce n’est pas à 77 ans et demi que je vais faire le modeste, j’étais doué pour ça. À 20 ans j’étais grand reporter à « Jours de France ». Je faisais le tour du monde.
Aujourd’hui, je gagne trois fois ce que je gagnais à l’Observateur, en travaillant quatre fois moins. Je ne possède rien mais je ne calcule plus. Je suis heureux de ne plus avoir de soucis matériels dans l’immédiat. J’ai eu une période de gloriole quand j’étais chez Michel Drucker le dimanche, mais la période où j’étais le plus connu, c’était quand je faisais « Droit de réponse » avec Michel Polac. Bien sûr que j’aime bien quand les gens me reconnaissent dans la rue. Quoique, maintenant, ça me fait un peu chier. Je sens que je penserai que j’aimais cela, quand ça m’emmerdera qu’on ne me le demande plus.
Si vous me demandez de faire mon éloge, ce qui est ridicule, je dirais cela : je sais faire des grosses plaisanteries et parler de choses qui sont difficiles. Je ne laisse pas l’un manger l’autre. J’ai ce plaisir-là. Il n’y a pas de raison que ça s’arrête un jour, c’est mon plaisir. C’est assez paradoxal et je m’y trouve bien.
Dans la même œuvre
Le petit juif de Varsovie, la petite fille au Vietnam, c’est touchant mais ça n’a pas fait arrêter les guerres. Et là, avec Aylan, c’est comme si quelque chose de miraculeux se produisait. Les plus rétifs à l’aide internationale comme Angela Merkel et le public le plus poujadiste, les ancêtres du lepénisme qui ont pour slogan « la France aux Français », même ceux-là ont été touchés. Quand un photographe parvient à saisir la tragédie ou le bonheur, c’est une bonne photo.
Je suis d’une génération qui était particulièrement idéologique. On est passé par tous les trucs, le communisme, le gauchisme, et tout ça a échoué terriblement. Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux de l’humanisme, aussi bête que cela puisse paraître.
Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux de l’humanisme, aussi bête que cela puisse paraître. Je crois que si on en revenait à cette vision du monde, les choses pourraient avancer beaucoup plus.
En décembre 1954, quand l’abbé Pierre a lancé son appel, j’étais en première au lycée à Paris. On était tous allé apporter des chaussettes et des gants. J’avais un copain communiste qui m’a dit qu’il préférait la justice à la charité. Je trouvais la formule formidable : une fois la justice sociale obtenue, plus besoin de charité. Ça m’a beaucoup idéologisé.
Le meilleur ami de mon père était Albert Camus. On était impliqué dans tous les milieux intellectuels en Algérie. J’ai eu une enfance très culturelle. Ce que je sais ou semble savoir, je n’ai aucun mérite, je l’ai appris à la maison.