Je pensais à la solidité de la poésie et à la vie qui doit continuer même si on a oublié pourquoi.
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Je commençais à penser que j'avais été présomptueux, que ce n'était pas si facile que ça d'interviewer un écrivain, puisque la vérité n'était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu'ils maîtrisent si bien la fiction que tout ce qu'ils pouvaient imaginer sonnait vrai.
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Comme c'est étrange, pensait Attila, ce que la vie nous fait, où elle nous emporte et nous dépose, perdus quelque part entre l'irréparable et l'insaisissable.
Le problème, c'est qu'il faut être au moins deux pour se faire la guerre, et qu'il est extrêmement difficile et épuisant de se battre contre un adversaire qui ignore qu'il en est un.
On m'avait promis qu'en vieillissant je perdrais la mémoire, mais c'était faux, comme on m'avait promis à dix-sept ans qu'un jour j'apprendrais que la vie véritable était hors des livres, et c'était également faux. Je ne désespère pas de comprendre les mensonges des adultes avant ma mort.
Dans mon enfance, l'excès ne m'a pas été désigné comme un défaut-et sans doute était-ce une erreur- mais depuis j'arpente la littérature comme un champ dans lequel mes pas laissent l'herbe ployée un instant derrière moi, juste le temps de voir le chemin parcouru, et l'immensité encore inconnue.
Dans la même œuvre
Parce que les écrivains, ils étaient-fous-. Je l'ai su tout de suite. Dans les cafés, je les écoutais parler, et on aurait dit qu'ils mettaient un point d'honneur à t'expliquer à quel point ils étaient ineptes. Ils disaient tous la même chose, en boucle: -C'est une question de survie. Je ne sais faire que ça, écrire. Je ne suis bon qu'à ça. Je les trouvais à mourir de rire. Suicidaires et cinglés et contents de l'être.
Je suis un enfant parce que c'est le seul mot que je trouve pour dire combien c'est bon d'aimer les choses les plus infimes, d'en tirer du plaisir sans honte, mais aussi d'être soucieuse, comme les enfants seulement le sont, soucieuse, orageuse, légère.
On ne tombe pas amoureux des femmes parce qu'elles sont belles. On tombe amoureux des femmes parce qu'elles sont quelqu'un.
Sauf que c'est une loi d'airain du champ artistique : l'attaque et le scandale sont les formes de consécration les plus solides.
L'amour, elle avait dit, est quelque chose qui se produit hors de notre portée, et tout ce qu'on peut en espérer au fond c'est la réciprocité