La pulsion qui pousse quelqu’un à ornementer son visage et tout ce qui peut s'atteindre est le tout premier commencement des arts plastiques. C'est le balbutiement de la peinture.
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J'appelle culture cet équilibre interne et externe de l'être humain, que seul garantit un mode raisonnable de penser et d'agir. Un de ces jours, je tiendrai une conférence sur le thème : pourquoi les Papous ont-ils une culture et pas les Allemands ?
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L'art est le vouloir propre du genius. Dieu lui en a donné la mission.
L'histoire de l'humanité n'avait pas eu jusqu’à présent à enregistrer de période de non-culture.
Un m'as-tu vu est un homme qui s'habille avec l'intention expresse de se distinguer de son milieu. Il en appellera tantôt à l'étique, tantôt à l'hygiène, tantôt à l'esthétique pour justifier son sot comportement.
J’ai formulé et proclamé la loi suivante : À mesure que la culture se développe, l’ornement disparaît des objets usuels. Je croyais apporter à mes contemporains une joie nouvelle ; ils ne m’en ont pas remercié. Au contraire, ce message les a remplis de tristesse ; ils étaient accablés à l’idée de ne pouvoir “créer” un ornement nouveau. Le premier nègre venu, les hommes de tous peuples et de tous siècles avaient inventé des ornements, et nous seuls, les hommes du XIXè siècle, n’en étions point capables ! En effet, les maisons, les meubles, les objets unis que les hommes des siècles précédents ont construits ou fabriqués n’ont pas été jugés dignes de survivre : ils ont disparu. Nous ne possédons pas un établi de menuisier du temps des Carolingiens. Par contre, la moindre planche qui portait un ornement quelconque a été recueillie, nettoyée, soignée, et nous bâtissons des palais pour abriter cette moisissure ; et nous nous promettons entre les vitrines, et nous rougissons de notre impuissance.
Dans la même œuvre
Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise.
L'architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son oeuvre.
Mais un édifice dont tous les détails, jusqu'aux moindres cadres de serrures, sortent d'une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux.