J'ai toujours considéré que les circonstances avaient mis sur mon chemin des hommes qui aimaient faire l'amour en groupe ou regarder leur partenaire faire l'amour avec d'autres hommes et l'unique idée que j'avais de moi-même à ce sujet était qu'étant naturellement ouverte aux expériences, n'y voyant pas d'entrave morale, je m'étais volontiers adaptée à leurs mœurs. Mais je n'en ai jamais tiré aucune théorie, et je n'ai donc jamais été une militante.

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Je le savais, mais bien sûr je me tus.
L’école maternelle est un lieu intermédiaire bizarre, où commence l’apprentissage du monde des adultes, mais où certains détails de la vie, habituellement embêtants pour les tout-petits, leur sont adaptés, compensations offertes à ceux qui devront s’habituer à en obtenir de moins en moins.
Au contraire des adultes qui souvent sur les photos ont une pose en retrait, le menton rentré jusqu’à prendre l’air renfrogné, parce qu’ils ont le soleil dans les yeux et surtout parce qu’ils savent déjà qu’ils n’aimeront pas trop ce presque inconnu à leur place sur le papier glacé, les tout jeunes enfants ont une attitude qui les projette, le regard droit dans l’objectif comme s’ils voulaient adhérer à la surface de l’image.
Il est alors troublant de constater que ces émotions contraires et complexes affectent pareillement l'intérieur de notre ventre.
Je suis toujours profondément admiratrice du temps suspendu dans lequel vivent les baiseurs et qui retient ma sympathie. Il peut s'être passé dix ans, que dis-je vingt ans et plus encore, depuis qu'ils ont joui avec une femme, ils vous en parlent, ou s'adressent à elle, comme si c'était hier. Leur plaisir est une fleur vivace qui ne connaît pas les saisons. Elle s'épanouit dans une serre qui isole des contingences extérieures et qui fait qu'ils voient toujours de la même façon le corps qu'ils ont tenu contre eux, celui-ci serait-il flétri ou rigidifié dans une robe de bure.
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Je suis toujours profondément admiratrice du temps suspendu dans lequel vivent les baiseurs et qui retient ma sympathie. Il peut s'être passé dix ans, que dis-je vingt ans et plus encore, depuis qu'ils ont joui avec une femme, ils vous en parlent, ou s'adressent à elle, comme si c'était hier. Leur plaisir est une fleur vivace qui ne connaît pas les saisons. Elle s'épanouit dans une serre qui isole des contingences extérieures et qui fait qu'ils voient toujours de la même façon le corps qu'ils ont tenu contre eux, celui-ci serait-il flétri ou rigidifié dans une robe de bure.
N'ayant jamais attribué au sexe une valeur sacrée, je n'ai jamais éprouvé le besoin de l'enfermement dans un tabernacle comme le font finalement ceux qui me reprochent de faire tomber tout mystère.
Ceux qui obéissent à des principes moraux sont sans doute mieux armés pour affronter les manifestations de la jalousie que ceux que leur philosophie libertine laisse désemparés face à des explosions passionnelles.
Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait.
J’apprenais que chaque sexe appelait de ma part des gestes, voire des comportements différents.