La grande littérature indienne existe de tout temps. Elle n'a pas de moment originel.
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Il est étrange de constater à quel point le souvenir de la mort peut perdurer bien plus longtemps que celui de la vie qu'elle a fauchée.
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À lire aussi de Arundhati Roy
J'ai quitté le pays au moment de la parution du Ministère du Bonheur suprême. J'étais inquiète. Étrangement, ce roman est devenu un best-seller. C'est en Inde, ces temps-ci, l'un des livres qui se vend le mieux. Il est fréquemment piraté. On le trouve même dans les rues, aux carrefours, au pied des feux rouges ! C'est complètement fou.
D'un point de vue purement pratique, il serait sans doute exact de dire que tout commença avec l'arrivée de Sophie Mol à Ayemenem. On dit que les choses peuvent changer en l'espace d'une journée - c'est peut-être vrai. Qu'il suffit de quelques heures pour faire basculer toute une vie. Et que, quand pareille chose se produit, ces quelques heures, à l'instar des restes d'une maison incendiée - l'horloge calcinée, les photos racornies, le mobilier carbonisé -, il convient de les exhumer des ruines. Pour les conserver les préserver. Les faire revivre.
Il me semble que les écrivains sont en dehors de ce découpage géographique.
La seule chose qui garde le Cachemire de l'autodestruction à la façon du Pakistan ou de l'Afghanistan, c'est son bon vieux capitalisme petit bourgeois. Si religieux soient-ils, les Cachemiris sont de grands hommes d'affaires. Et tous les hommes d'affaires, d'une manière ou d'une autre, ont intérêt à voir se prolonger le statu quo ou ce que nous appelons "processus de paix" qui, soit dit en passant, offre des opportunités commerciales très différentes de la paix à proprement parler.
Dans la même œuvre
L'air résonnait de Pensées et de Choses à Dire. Mais dans des moments comme ceux-là, on ne dit que les Petites Choses. Les Grandes, tapies à l'intérieur, restent inexprimées.
Le bonheur en rêve, est-ce qu'il compte comme le vrai ?
Tant de choses peuvent changer en l'espace d'une journée.
Toutes les familles connaissent ça : chacun appuie là où il sait faire mal, comme un docteur un peu sadique.
Le danseur kathakali est le plus beau des hommes. Parce que son corps n'est rien d'autre que son âme. Son seul instrument. Depuis l'âge de trois ans, il a été façonné, polissé, ciselé, ouvragé, attelé tout entier à cette tâche qui consiste à raconter des histoires. Il a de la magie en lui, cet homme, sous son masque peint et ses jupes tourbillonnantes.