On ne sait jamais rien de ce qui se noue entre les êtres, eux-mêmes souvent l'ignorent, et le découvrent en se perdant.
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Grandissant ici on était de nulle part et de partout à la fois, on était pour toujours excentrés, à l'intérieur et à l'extérieur dans le ciel d'un bout à l'autre du monde, on demeurait sans racines, sans attaches.
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Quand j'ai rouvert les yeux nous étions gelés tous les trois, le bruit de la mer était devenu le monde entier, nous contenait, nous digérait et c'était doux d'être ainsi dévorés, ensevelis, noyés, oubliés pour de bon.
Je me sens vide.Tout le temps, je pense à ça. Ce vide à l'intérieur. Je me dis que si je pouvais me sonder en profondeur, m'ouvrir la tête et le coeur et voir dedans, je ne verrais rien. Rien. Du vent, un désert, un champ de glace où rien ne bouge.
Je me relève et je me dis parfois que le passé est une fiction, qu'on peut en faire table rase, qu'on peut bâtir sur des ruines, et vivre sans fondations. Il m'arrive aussi de penser le contraire.
Ressemble à une vieille refaite plutôt qu'à une vieille tout court , ajoute le pathétique à l'irréversible.
Dans la même œuvre
Personne ne sait quand exactement les fissures deviennent des failles, puis se muent en gouffres infranchissables.
Mon expulsion du foyer familial m'apparaissait comme un premier pas m'entraînant contre mon gré vers ma propre disparition.
Je n'étais plus d'ici. Et puisqu'il semblait acquis que je ne serais jamais non plus d'ailleurs, j'étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part.
Avec les années je ne m'arrangeais pas. Au lieu de m'endurcir je devenais de plus en plus sensible.
Au collège, au lycée on parlait d'élargir les cerveaux mais le temps se chargerait bien vite de les réduire au minimum syndical.