Personne ne fait attention à eux. Personne ne fait attention à personne. Chacun est bien trop occupé à faire impression.
Infiniment nous cherchons un abri. Un lieu où le vent siffle moins fort. Un endroit où aller. Et cet abri est un visage, et ce visage nous suffit.
Ca m'étonnait toujours cette capacité qu'ont les enfants à oublier, redonner sa chance à qui ne la mérite pas.
De l'extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres, de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses, des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien, c'est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe.
C'est ça la famille. Des gens qui vivent ensemble sans rien avoir à se dire, qui s'aiment sans raison. C'est ça la famille: une petite meute animale.
Que savons-nous de ceux qui nous embrassent alors que nous sommes encore des enfants? Rien. Nous les embrassons en retour et c'est tout...
Ce qui reste gravé, c'est la tendresse. Une sensation presque physique.
Personne ne sait quand exactement les fissures deviennent des failles, puis se muent en gouffres infranchissables.
Parfois, Achile en a marre. Il n'en peut plus de tout ce bruit. De toute cette agitation. De tout ce désordre. Alors il sort. Il va se promener le long de la rivière.
Je me trompais, personne ne reste longtemps à la fois dehors et dedans, personne ne tient longtemps en lisière. Ma vie ne formait qu'un même ensemble, pas de compartiments, aucun espace réservé. Une même vie. Peu à peu rognée, corrompue, viciée.
Mon expulsion du foyer familial m'apparaissait comme un premier pas m'entraînant contre mon gré vers ma propre disparition.
On ne sait jamais rien de ce qui se noue entre les êtres, eux-mêmes souvent l'ignorent, et le découvrent en se perdant.
Je l'ai épousé parce qu'il m'aimait et qu'auprès de lui je me sentais en sécurité. Auprès de lui j'avais moins peur.
Je n'étais plus d'ici. Et puisqu'il semblait acquis que je ne serais jamais non plus d'ailleurs, j'étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part.
Je l'ai prise dans mes bras. Je ne savais plus faire que ça. Les mots manquaient, ne restaient plus que les gestes.
Je me relève et je me dis parfois que le passé est une fiction, qu'on peut en faire table rase, qu'on peut bâtir sur des ruines, et vivre sans fondations. Il m'arrive aussi de penser le contraire.
Ressemble à une vieille refaite plutôt qu'à une vieille tout court , ajoute le pathétique à l'irréversible.
Le silence, par exemple. Ce jour-là comme n'importe quel autre il emplissait tout, me coinçait la gorge dans un étau. Je pouvais le sentir me figer les sangs, me creuser les poumons d'un vide immense. Un cratère sans lave. Un désert.
Je me sens vide.Tout le temps, je pense à ça. Ce vide à l'intérieur. Je me dis que si je pouvais me sonder en profondeur, m'ouvrir la tête et le coeur et voir dedans, je ne verrais rien. Rien. Du vent, un désert, un champ de glace où rien ne bouge.
Vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie.
La pensée s'affaisse aussi bien que les chairs. Et l'esprit se grippe d'être repu. Il ne lui convient que d'être affamé.
Cette fois j'allais m'occuper d'eux, m'y consacrer à plein temps, j'allais cesser de vivre à leur côté pour vivre avec.
J'avais l'impression que mes enfants étaient désormais séparés de moi par une paroi de verre. Je pourrais toujours les regarder mais plus jamais les toucher ni leur parler. J'étais devenue étrangère. J'étais passée de l'autre côté.
J'ai 31 ans et ma vie commence. Je n'ai pas d'enfance et désormais n'importe laquelle me conviendra.
De Caroline, il restait des photos, des souvenirs de rien. Mais ce qui restait gravé, c'était le sentiment, l'os du sentiment que chacun éprouvait pour elle. Une chose indéfinissable et abstraite... Ce qui reste gravé, c'est le lien. Une chose physique.
Œuvres de Olivier Adam