Je trouverais curieux de me servir du roman pour faire passer des messages d'ordre politique, même si j'évoque de multiples courants politiques.
❧
En Inde, le roman est une forme relativement récente. Jusqu'à il y a peu, la poésie épique avait le monopole. Toutes sortes de genres littéraires demeurent possibles pour raconter des histoires. En tant que romancière, j'ai été fortement influencée par une forme de danse, très courante, avec laquelle j'ai grandi et qui permettait de raconter des histoires.
◆
À lire aussi de Arundhati Roy
Un lépreux aux bandages sanguinolents s'approcha de la voiture. « On dirait du Merchurochrome, dit Ammu en voyant le sang rouge vif du mendiant. - Bravo, dit Chacko. Voilà qui est parlé comme une vraie bourgeoise. »
En tant que romancière, je ne veux surtout pas fixer de règles sur ce que la littérature doit être ou ne pas être. Jadis, les écrivains faisaient peur. On les décapitait. Aujourd'hui, les politiciens les récupèrent. Les livres ne sont plus que des produits marketing. Ce qui m'amuse, quand j'écris, c'est, à l'inverse du simple essai politique, d'explorer la multiplicité des formes littéraires que permet le roman.
Après tout, il est si facile de réduire une histoire à néant. D'interrompre une chaîne de pensées. De briser un fragment de rêve porté avec autant de précaution qu'un vase de porcelaine. Laisser vivre le rêve, l'aider à s'épanouir, comme l'avait fait Velucha, est autrement plus difficile.
Si l'on suit ce qui se passe en Inde aujourd'hui, on ne peut que constater la montée d'un fascisme qui n'est pas exactement celui que l'on a pu connaître et qui a encore des traces en Europe, même si certains, en Inde, admirent ce fascisme-là. Il y a des massacres en cours et, bien sûr, des violences entre les castes. D'aucuns perçoivent les musulmans comme les juifs du siècle passé en Allemagne. L'Inde est le sous-continent où s'affrontent sans merci les religions, les minorités et les castes
Dans la même œuvre
Quand j'écris de la fiction, je m'efforce d'édifier un univers proche de celui dans lequel je vis. Le Ministère du Bonheur suprême, tout comme le Dieu des petits riens, qui a été traduit dans 40 langues, parle de l'être humain dans un contexte spécifique. Il ne peut donc être lu comme un guide de l'Inde ! J'ai voulu saisir la manière dont le monde fonctionne. Bien que mes romans soient plongés dans un contexte indien précis, je tente de mettre au jour les rouages du monde en général.
Cela fait dix ans que je me suis aperçue que seule la fiction me permettait de dire ce que je voulais et avais besoin de dire. Alors, j'ai travaillé dix ans à la composition du Ministère du Bonheur suprême. Les voyages et la réflexion politique ont aiguisé et rendu plus complexe ma façon de penser et d'écrire.
Si l'on suit ce qui se passe en Inde aujourd'hui, on ne peut que constater la montée d'un fascisme qui n'est pas exactement celui que l'on a pu connaître et qui a encore des traces en Europe, même si certains, en Inde, admirent ce fascisme-là. Il y a des massacres en cours et, bien sûr, des violences entre les castes. D'aucuns perçoivent les musulmans comme les juifs du siècle passé en Allemagne. L'Inde est le sous-continent où s'affrontent sans merci les religions, les minorités et les castes
Je trouverais curieux de me servir du roman pour faire passer des messages d'ordre politique, même si j'évoque de multiples courants politiques.
En tant que romancière, je ne veux surtout pas fixer de règles sur ce que la littérature doit être ou ne pas être. Jadis, les écrivains faisaient peur. On les décapitait. Aujourd'hui, les politiciens les récupèrent. Les livres ne sont plus que des produits marketing. Ce qui m'amuse, quand j'écris, c'est, à l'inverse du simple essai politique, d'explorer la multiplicité des formes littéraires que permet le roman.