Dieu a créé l’homme avec les yeux par-devant et pas à l’arrière de la tête, ce qui veut dire que l’homme doit s’occuper de ce qui vient et pas de ce qui a été.

À lire aussi de Olga Tokarczuk

Le ciel est au-dessus de nos têtes, sombre et bas, semblable à un écran sale sur lequel se disputent d'implacables batailles de nuages. C'est bien à cela que servent nos maisons, à nous protéger de ce ciel menaçant, autrement il aurait pénétré l'intérieur même de notre corps où, telle une petite bille de verre, se tapit notre âme. Si tant est qu'elle existe.
Le vent est le regard des morts qui observent le monde de là où ils sont.
Vous savez, j'ai parfois l'impression que nous vivons dans un monde que nous inventons pour nos propres besoins. Nous décidons de ce qui est bon ou pas, nous inventons des grilles de signification... Puis toute notre vie durant, nous sommes obligés d'affronter ce que nous avons nous-mêmes imaginé. Le problème, c'est que chacun a sa version des choses, et c'est pourquoi les gens ont tant de mal à s'entendre.
En fait, toute notre psychologie si compliquée a été élaborée dans un seul dessein : empêcher l'homme de comprendre ce qu'il voit réellement. Pour que la vérité, masquée par des paroles creuses, lui échappe à jamais. Le monde est une prison pleine de souffrances, organisée de telle façon que, pour survivre, il faut faire du mal aux autres.
Nul n’est prophète en son pays : cela reste une grande vérité, il faut qu’un prophète soit un étranger en quelque sorte. Il doit venir d’une terre lointaine, tomber du ciel, avoir un air insolite, improbable. Un mystère doit l’entourer, comme celui, chez les goyim, d’être né d’une vierge.
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Nul n’est prophète en son pays : cela reste une grande vérité, il faut qu’un prophète soit un étranger en quelque sorte. Il doit venir d’une terre lointaine, tomber du ciel, avoir un air insolite, improbable. Un mystère doit l’entourer, comme celui, chez les goyim, d’être né d’une vierge. Il doit marcher autrement, parler autrement. Le mieux serait qu’il fût originaire d’endroits inimaginables d’où proviennent des mots exotiques, des mets jamais consommés, des fragrances jamais humées, la myrrhe, les oranges.
Nul n’est prophète en son pays : cela reste une grande vérité, il faut qu’un prophète soit un étranger en quelque sorte. Il doit venir d’une terre lointaine, tomber du ciel, avoir un air insolite, improbable. Un mystère doit l’entourer, comme celui, chez les goyim, d’être né d’une vierge.
Le vent est le regard des morts qui observent le monde de là où ils sont.
Jakób ne parle jamais comme les sages, avec de longues phrases compliquées dans lesquelles il y a une multitude de mots rares et précieux et qui renvoient en permanence à des écrits par des citations. Il parle avec clarté et brièveté comme quelqu’un qui vit du commerce sur la place du marché ou du transport par charrette.
Les gens s'accordent à l'unisson pour voir la raison principale du fléau dans la colère de Dieu, en châtiment de leurs péchés. Tous le pensent, les Juifs, les chrétiens, les Turcs.