Comme tous les exclus, elle s'apercevrait bientôt qu'elle n'était pas seule. Dans une classe il y en a toujours quelques-uns qui, pour diverses raisons, sont en décalage avec la majorité. Ils se reconnaissent entre eux immédiatement. Il faut un intouchable pour en déceler un autre. Mais ses véritables compagnons restaient les livres; l'imagination était sa demeure, son pays, son refuge, son exil.

À lire aussi de Elif Shafak

Les gens peuvent parfois prendre plaisir à des choses dont ils savent pertinemment qu'elles ne servent à rien.
Je suis perpétuellement dans les limbes. Peut-être que je veux trop de choses à la fois mais aucune avec la passion nécessaire.
Dans le domaine de la maternité, toutes les portes sont grandes ouvertes. De jour comme de nuit, été comme hiver. On y circule comme dans un moulin. Les enfants entrent par n’importe quelle porte et se promènent à leur guise. Finis les coins secrets, finis les refuges. C’en est fini des subterfuges et de la sacro-sainte intimité. Désormais, plus de « chambre à soi » où se retirer pour écrire.
Le romancier est par nature égoïste. La maternité élimine l’égoïsme par les voies naturelles. Le romancier est tourné vers lui-même. Quant à la maternité, elle est on ne peut plus tournée vers l’extérieur. Le romancier se construit une petite pièce privée dans son cerveau et, pour que personne ne puisse y pénétrer, il en ferme un à un tous les verrous. Il y range ses secrets, ses désirs. Loin des regards.
Une phrase d’Anaïs Nin me revient à l’esprit: « Une vie ordinaire ne m’attire pas. » (…) Elle mena une vie désordonnée et eut toujours plusieurs relations en même temps. Son mari était au courant et fermait les yeux. « La largesse ou l’étroitesse de notre existence dépend de l’audace que nous avons », disait-il. Mais pourquoi est-ce que nous recherchons, pourquoi est-ce que je recherche toujours « la largesse de l’existence » à l’extérieur ? Pourquoi suis-je persuadée que la vie devient étriquée lorsqu’elle prend un tour domestique, apprivoisé, et qu’elle est plus vaste lorsqu’elle est chaotique et tournée vers l’extérieur ? Est-ce réellement ainsi ?
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Donner un droit de vote égal aux ignorants, c’est comme offrir des allumettes à un gamin. La maison risque de bruler.
L’athéisme est un conte de fées pour ceux qui ont peur de la lumière.
Même dans les mariages heureux et les carrières réussies, il y a toujours un doute. On ne peut pas s’empêcher de se demander à quoi nos vies auraient ressemblé si nous avions choisi un autre chemin – ou des chemins, toujours au pluriel.
Le passé est un fardeau. A quoi bon se souvenir si on ne peut rien changer ?
Le problème aujourd'hui, c'est que le monde attache plus de valeur aux réponses qu'aux questions. Mais les questions devraient compter bien davantage ! Je crois au fond que je veux faire entrer le diable à l'intérieur de Dieu et Dieu à l'intérieur du diable