Ce que la Photographie reproduit à l'infini n'a eu lieu qu'une fois : elle répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement.

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Car c'est l'un des traits constants de toute mythologie petite-bourgeoise, que cette impuissance à imaginer l'Autre. L'altérité est le concept le plus antipathique au «bon sens».
D'où l'importance des déclarations; je veux sans cesse arracher à l'autre la formule de son sentiment, et je lui dis sans cesse de mon côté que je l'aime: rien n'est laissé à la suggestion, à la divination.
Bien souvent, c'est par le langage que l'autre s'altère ; il dit un mot différent, et j'entends bruire d'une façon menaçante tout un autre monde, qui est le monde de l'autre.
De tous les plis du corps, j'ai envie de dire qu'ils sont adorables.
Le cadeau est attouchement, sensualité: tu vas toucher ce que j'ai touché, une troisième peau nous unit. Je donne à X... un foulard et il le porte: X... me donne le fait de le porter; et c'est d'ailleurs ainsi que, naïvement, il le conçoit et le dit.
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Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois.
Montrez vos photos à quelqu'un ; il sortira aussitôt les siennes : « Voyez, ici, c'est mon frère ; là, c'est moi enfant », etc. ; la Photographie n'est jamais qu'un chant alterné de « Voyez », « Vois », « Voici » ; elle pointe du doigt un certain vis-à-vis, et ne peut sortir de ce pur langage déictique.
J'étais saisi à l'égard de la Photographie d'un désir "ontologique". Je voulais à tout prix savoir ce qu'elle était "en soi", par quel trait essentiel elle se distinguait de la communauté des images.
Quoi qu'elle donne à voir et quelle que soit sa manière, une photo est toujours invisible : ce n'est pas elle qu'on voit.
La jouissance passe par l'image : voilà la grande mutation .