Je regarde mes vieux, ils ont soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans, ils me racontent des souvenirs lointains, ils me parlent d'époques anciennes, ancestrales, préhistoriques, leurs parents sont morts depuis quinze, vingt, trente ans, mais la douleur de l'enfant qu'ils ont été est toujours là. Intacte. Elle se lit sur leur visage et s'entend dans leur voix, à l'œil nu je la vois battre dans leur corps, dans leurs veines. En circuit fermé.
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C'est l'histoire d'un poisson sans écailles, d'une tortue sans carapace, d'une princesse de pacotille qui ne pouvait renoncer à sa douleur.
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À lire aussi de Delphine de Vigan
Les histoires, il y a celles dont on se souvient, celles dont on rêve, et puis celles des autres : autant de miroirs sans fond recouverts par le verbe.
Les loyautés. Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants. Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.
Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l'édifice, entament la forteresse.
Aujourd'hui il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité.
Dans la même œuvre
La vie d'avant n'est qu'un souvenir anesthésié et la vie d'après se chuchote comme une promesse impossible.
Des mots périmés, avariés, qu'on ne digère pas. Qui restent sur l'estomac.
Elle a vidé ce corps de sa vie, elle est allée jusqu'au bout, au bout de ses forces.
C'est l'histoire d'une petite fille en équilibre sur une branche, qui ne mange plus rien d'autre que des livres.
Il dit se battre contre soi pour comprendre un jour qu'on se bat pour soi.