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Voltaire

Je n'aime point à citer; c'est d'ordinaire une besogne épineuse: on néglige ce qui précède et ce qui suit l'endroit qu'on cite, et on s'expose à mille querelles.
Louis XI, la Brinvilliers se confessaient dès qu'ils avaient commis un grand crime, et se confessaient souvent, comme les gourmands prennent médecine pour avoir plus d'appétit.
Je pense avec vous que le fanatisme est un monstre mille fois plus dangereux que l'athéisme philosophique. Spinosa n'a pas commis une seule mauvaise action: Chastel et Ravaillac, tous deux dévots, assassinèrent Henri IV.
Si une horloge n'est pas faite pour montrer l'heure, j'avouerai alors que les causes finales sont des chimères; et je trouverai fort bon qu'on m'appelle cause-finalier, c'est-à-dire un imbécile.
Ce qu'il y a de pis, c'est que la guerre est un fléau inévitable.
Que les supplices des criminels soient utiles. Un homme pendu n'est bon à rien, et un homme condamné aux ouvrages publics sert encore la patrie et est une leçon vivante.
Que toute loi soit claire, uniforme et précise: l'interpréter, c'est presque toujours la corrompre.
Mettons à la fin de presque tous les chapitres de métaphysique les deux lettres des juges romains quand ils n'entendaient pas une cause: N.L., non liquet, cela n'est pas clair.
Un gouvernement théocratique ne peut être fondé que sur des miracles; tout doit y être divin. Le grand souverain ne parle aux hommes que par des prodiges; ce sont là ses ministres et ses lettres patentes.
Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement comme il a fait! Car il peint la nature humaine; et le pauvre projet de Nicole, de Malebranche, de Pascal, de décrier Montaigne!
Qui nous a donné le sentiment du juste et de l'injuste? Dieu, qui nous a donné un cerveau et un coeur. Mais quand votre raison vous apprend-elle qu'il y a vice et vertu? Quand elle nous apprend que deux et deux font quatre.
Redisons tous les jours à tous les hommes: «La morale est une, elle vient de Dieu; les dogmes sont différents, ils viennent de nous».
Peut-être cet ouvrage est-il trop long: toute plaisanterie doit être courte, et même le sérieux devrait bien être court aussi.
Presque tout ce qui va au-delà de l'adoration d'un Etre suprème et de la soumission du coeur à ses ordres éternels est superstition.
Remarquez que les temps les plus superstitieux ont toujours été ceux des plus horribles crimes.
Qu'est-ce que la tolérance? C'est l'apanage de l'humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d'erreurs; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c'est la première loi de la nature.
De toutes les superstitions, la plus dangereuse, n'est-ce pas celle de haïr son prochain pour ses opinions?
Vous voyez bien que c'est mourir presque au moment que l'on est né; notre existence est un point, notre durée un instant, notre globe un atome.
Les lois veillent sur les crimes connus, et la religion sur les crimes secrets.
Nous avons assez de religion pour haïr et persécuter, et nous n'en avons pas assez pour aimer et pour secourir.
La religion forcée n'est plus religion: il faut persuader, et non contraindre. La religion ne se commande point.
La superstition est à la religion ce que l'astrologie est à l'astronomie, la fille très folle d'une mère très sage.
Peut-être dans peu de temps la mode de penser reviendra-t-elle: un roi n'a qu'à vouloir; on fait de cette nation-ci tout ce qu'on veut.
J'arriverai peut-être un jour au pays où il ne manque rien; mais jusqu'à présent personne ne m'a donné de nouvelles positives de ce pays-là.
Ce qui n'est que difficile ne plaît point à la longue.

Œuvres de Voltaire

A propos du café.A un perruquier-auteur.Adieux à la vie (1778)Alzire, ou Les américains (1736)Alzire, ou Les américains (1736), I, 1, AlvarezAlzire, ou Les américains (1736), I, 1, GusmanAlzire, ou Les américains (1736), I, 4Alzire, ou Les américains (1736), II, 1, ZamoreAlzire, ou Les américains (1736), II, 6, ZamoreAlzire, ou Les américains (1736), III, 5Alzire, ou Les américains (1736), V, 2Alzire, ou Les américains (1736), V, 7, GusmanAmabedAnnales de l'empire depuis Charlemagne (1753), Ferdinand III, 47e empereurApocrypheAprès l'éxécution de l'amiral britanique John Byng en 1757.Artémire (1720), IV, 3, CassandreAu duc de Rohan.Au sujet de Mandrin.Brutus (1730)