Ne manquez pas votre unique matinée de printemps.
Auteur
Vladimir Jankélévitch
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Il faut bien donner un nom à ce qui n'a pas de nom, à ce qui est impalpable... Tout compte fait, c'est là le métier des philosophes et de la philosophie.
On ne peut pas dire pourquoi. La raison de l'amour, c'est l'amour. La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Si la mort n'est pensable ni avant, ni pendant, ni après, quand pourrons-nous la penser?
Quand on pense à quel point la mort est familière, et combien totale est notre ignorance, et qu'il n'y a jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé!
La mort n'est pas la malchance exceptionnelle de certains hommes, ni le malheur de certains déshérités, elle est une malédiction commune à tous.
L'événement de la mort n'est une «éventualité» que dans sa date et ses circonstances. Biologiquement, statistiquement, qu'y a-t-il de plus prévu que le fait de la mort?
La mort est le seul événement biologique auquel le vivant ne s'adapte jamais.
Le mourant est dans la situation d'un homme qui sort de chez soi sans la clé et ne peut plus rentrer parce que la porte fermée ne s'ouvre que du dedans: la sortie seule est permise... à vos risques et périls!
La mort, vue de près, ne nous apprend littéralement rien sur elle-même, et elle n,est pas mieux connue de près que de loin.
Nous appréhendons l'instant mortel parce qu'il amorce une éternité de non-être dont nous n'avons aucune idée.
Oubliée de tous, perdue dans le lointain du passé, la vie de n'importe qui a été pour toujours, et jusqu'aux siècles des siècles, et jusqu'à l'extrême fin des temps, l'unique chance de réalisation de ce n'importe qui.
Du moment que quelqu'un est né, a vécu, il en restera toujours quelque chose, même si on ne peut dire quoi.
Le dolorisme a beau se délecter dans les tortures, il reste dérisoirement prisonnier de l'hédonisme.
Notre prière, à un certains degré d'intensité ou d'incandescence, doit s'exaucer elle-même et par sa seule ferveur.
L'esprit tantôt nie aveuglément l'infini actuel au nom d'un finitisme sans conviction, tantôt parie dans la nuit pour un absolu.
Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d'avoir vécu est son viatique pour l'éternité.
Œuvres de Vladimir Jankélévitch
Cité par Serge Bouchard dans De la fin du mâle, de l'emballage et autres lieux communs.Conférence à Bourges, décembre 1981.Interview dans Le Monde, 10 décembre 1971.L'Austérité et la Vie morale (1956)L'Aventure, l'ennui, le sérieux (1976)L'Ironie (1979)L'Irréversible et la nostalgie (1974)La Mort (1966)Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1980)Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1981)Le Je-ne-sais-quoi et le presque rien (1980)Le Monde, 10 décembre 1971.Le Paradoxe de la morale (1981)Philosophie morale, Du mensongePhilosophie morale, La Mauvaise ConscienceQuelque part dans l'inachevéQui suis-je?