Auteur

Sophie Swetchine

Les âmes froides ne se quittent jamais ; les âmes passionnées se quittent et se reprennent faute de mieux.
La chrysalide est l'image du vieillard. Il végète, il est engourdi, mais il vivra ! et c'est pendant ce sommeil et cette impassibilité passagère que se forment les ailes qui le porteront à l'immortalité.
Les coeurs aimants sont comme les indigents : ils vivent de ce qu'on leur donne.
La plus dangereuse des flatteries est l'infériorité de ce qui nous entoure.
Avoir des idées, c'est cueillir des fleurs ; - penser, c'est en tresser des couronnes.
Nous estimons la vertu dans les autres par les fruits qu'elle porte, en nous-même par les sacrifices qu'elle nous fait accomplir.
La véritable douleur est presque aussi difficile à découvrir que la vraie misère. Une pudeur instinctive couvre les haillons de l'une et les blessures de l'autre.
Celui qui pour donner ne s'est point imposé de privations, n'a fait qu'effleurer les joies de la charité. Nous devons notre superflu, et le bonheur dans le devoir, c'est d'en dépasser les limites.
Il est des coupables dont la justification n'est nulle part, et l'excuse partout.
La vie n'est-elle pas utile si elle est heureuse ? dit l'égoïste. N'est-elle pas assez heureuse si elle est utile ? dit l'homme de bien.
Chimère pour chimère, comment la perfection n'est-elle pas celle de tous les hommes ?
La prière, dit saint Jérôme, est un gémissement. Ah ! nos gémissements sont aussi des prières ! Le cri de la douleur est par lui-même un appel involontaire à cette force invisible dont notre âme invoque l'appui.
La force seule connaît le combat ; la faiblesse est au-dessous de la défaite même : elle est née vaincue.
Ce n'est que par la juste appréciation des choses qu'on arrive à les posséder tranquillement ou à se consoler de ne les posséder pas.
Le monde n'accorde quelque compassion qu'aux peines positives. Il consent à plaindre ce que vous perdez, jamais ce qui vous manque.
C'est seulement dans le ciel que les anges ont autant d'esprit que les démons.
La vie n'a pas assez de biens pour nous dédommager de l'oubli d'un seul devoir.
L'orgueil de l'esprit est moins révolté des obscurités de la for que de l'autorité qu'elle revêt.
Il y a des gens qui ne donnent jamais leur coeur, ils le prêtent et encore à usure.
La bonté nous fait apprendre et nous fait oublier bien des choses.
J'aimerais mieux choisir mes peines que mes plaisirs, par la raison que je crains plus les unes que je n'espère des autres.
Une femme qui n'a pas été jolie n'a pas été jeune.
Le silence est comme la nuit qui descend : les objets s'y perdent insensiblement.
Il n'y a d'immobile dans la vie que les souvenirs : nous ne sommes sûrs de garder intact que ce que nous avons perdu.
L'attention est une tacite et continuelle louange.

Œuvres de Sophie Swetchine

AirellesChoix de méditationsLettre, à la comtesse de Nesselrode, 31 janvier 1837Lettres inédites de Mme Swetchine (1866), 29 juillet 1831Lettres inédites de Mme Swetchine (1866), à Mlle Stéphanie de Virieu, 7 juin 1824PenséesPensées, Airelles