Auteur

Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

Dam. - Pourquoi n'avez-vous rien dit quand on a parlé de M...? - Clit. - Parce que j'aime mieux que l'on calomnie mon silence que mes paroles.
A - Vous avez trop mauvaise opinion des hommes; il se fait beaucoup de bien. - B - Le diable ne peut pas être partout.
A - Si vous faites cela, je ne vous le pardonnerai jamais. - B - Parbleu! c'est bien ce que j'espère.
Peu de philosophie mène à mépriser l'érudition; beaucoup de philosophie mène à l'estimer.
Le bonheur n'est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous, il est impossible de le trouver ailleurs.
Un acte de vertu, un sacrifice ou de ses intérêts ou de soi-même, est le besoin d'une âme noble, l'amour-propre d'un coeur généreux, et, en quelque sorte, l'égoïsme d'un grand caractère.
C'est par notre amour-propre que l'amour nous séduit; hé! comment résister à un sentiment qui embellit à nos yeux ce que nous avons, nous rend ce que nous avons perdu et nous donne ce que nous n'avons pas?
Je demandais à M. de T... pourquoi il négligeait son talent et paraissait si complètement insensible à la gloire; il me répondit ces propres paroles: Mon amour-propre a péri dans le naufrage de l'intérêt que je prenais aux hommes.
On offrait à M... une place qui ne lui convenait pas; il répondit: «Je sais qu'on vit avec de l'argent, mais je sais aussi qu'il ne faut pas vivre pour de l'argent.»
L'Ecluse, celui qui a été à la tête des Variétés amusantes, racontait que, tout jeune et sans fortune, il arriva à Lunéville, où il obtint la place de dentiste du roi Stanislas, précisément le jour où le roi perdit sa dernière dent.
A propos des choses de ce bas monde, qui vont de mal en pis, M... disait: «J'ai lu quelque part, qu'en politique il n'y avait rien de si malheureux pour les peuples que les règnes trop longs. J'entends dire que Dieu est éternel; tout est dit.»
La Fontaine, entendant plaindre le sort des damnés au milieu du feu de l'Enfer, dit: «Je me flatte qu'ils s'y accoutument, et qu'à la fin, ils sont là comme le poisson dans l'eau.»
M... disait, à propos de sottises ministérielles et ridicules: «Sans le gouvernement, on ne rirait plus en France.»
L'homme, disait M..., est un sot animal, si j'en juge par moi.
Je pressais M. de L... d'oublier les torts de M. de B... (qui l'avait autrefois obligé); il me répondit: «Dieu a recommandé le pardon des injures, il n'a point recommandé celui des bienfaits».
L'indécision, l'anxiété sont à l'esprit et à l'âme ce que la question est au corps.
On a fait des livres sur les intérêts des princes; on parle d'étudier les intérêts des princes: quelqu'un a-t-il jamais parlé d'étudier les intérêts des peuples?
Voltaire disait, à propos de l'Anti-Machiavel du roi de Prusse: «Il crache au plat pour en dégoûter les autres».
Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale.
Pourquoi les hommes sont-ils si sots, si subjugués par la coutume ou par la crainte de faire un testament, en un mot, si imbéciles, qu'après eux ils laissent aller leurs biens à ceux qui rient de leur mort plutôt qu'à ceux qui la pleurent?
On disait à Delon, médecin mesmériste: «Eh bien! M. de B... est mort, malgré la promesse que vous aviez faite de le guérir. - Vous avez, dit-il, été absent, vous n'avez pas suivi les progrès de la cure: il est mort guéri.»
Le philosophe qui veut éteindre ses passions ressemble au chimiste qui voudrait éteindre son feu.
C'est une règle excellente à adopter sur l'art de la raillerie et de la plaisanterie, que le plaisant et le railleur doivent être garants du succès de leur plaisanterie à l'égard de la personne plaisantée, et que, quand celle-ci se fâche, l'autre a tort.
Dans le temps qu'on établit plusieurs impôts qui portaient sur les riches, un millionnaire, se trouvant parmi des gens riches qui se plaignaient du malheur des temps, dit: «Qui est-ce qui est heureux dans ces temps-ci? Quelques misérables.»
Le roi de Prusse, qui ne laisse pas d'avoir employé son temps, dit qu'il n'y a peut-être pas d'homme qui ait fait la moitié de ce qu'il aurait pu faire.

Œuvres de Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

A celle qui n'est plusCaractères et AnecdotesCaractères et Anecdotes, Bourdaloue à RouenCaractères et Anecdotes, DespotismeCaractères et Anecdotes, Mot d'une jeune fille sur la mortCaractères et Anecdotes, Paradis de DuclosCaractères et Anecdotes, Perroquet et notableExpirant à Sieyès.Fragments inéditsHistoireJournal de ParisLa jeune Indienne (1764)MaximesMaximes et PenséesMaximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795)Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1038Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1077Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1087Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1106Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1119