Auteur

Samuel Beckett

Je serai trop pris, à tenir debout, à me tenir debout, à changer de place, à tenir le coup, à parvenir au lendemain, à l'autre semaine ...
Des mots, des mots, la mienne ne fut jamais que ça, que pêle-mêle le babel des silences et des mots, la mienne de vie ...
Mais à vingt-cinq ans il bande encore, l'homme moderne, physiquement aussi, de temps en temps, c'est le lot de chacun, moi-même je n'y coupais pas, si on peu appeler cela bander.
Les adresses qu'il avait soulignées, ou plutôt marquées d'une croix, comme font les gens du peuple, il les barrait, d'un trait tiré en diagonale, au fur et à mesure qu'elles s'avéraient mauvaises.
Ca c'est pour que je ne bouge jamais plus, pour que je bavasse ici jusqu'à la fin des temps, en murmurant, tous les dix siècles. Ce n'est pas moi, ce n'est pas vrai, ce n'est pas moi, je suis loin.
Je traversai et m'arrêtai devant la boucherie. Derrière la grille les rideaux étaient fermés, de grossiers rideaux en toile rayée bleu et blanc, couleurs de la Vierge, et tachés de grandes taches roses.
Oh sans cette affreuse bougeotte que j'ai toujours eue j'aurais vécu ma vie enfermé dans une grande pièce vide à échos, avec une grande pendule ancienne, rien qu'à écouter et à somnoler.
Je remarquai des vestiges de bouquets abandonnés. Goulûment cueillis, charriés pendant de longues heures, on avait fini par les jeter, lourds, ou fanés déjà.
Il gueulait si fort que des bribes de son discours arrivaient jusqu'à moi. Union... frères... Marx... capital... bifteck... amour. Je n'y comprenais rien.
Je leur proposai de me mettre à leur disposition, quelques heures par jour, pour les menus travaux d'entretien dont toute maison a besoin, si l'on ne veut pas qu'elle tombe en poussière. Bricoler, c'est encore une chose possible, je ne sais pourquoi.
Savez-vous où sont les cabinets? dit-elle. Elle avait raison, je n'y pensais plus. Se soulager dans son lit, cela fait plaisir sur le moment, mais après on est incommodé.
On se demande ce qui va nous emporter à la fin. Lui s'en va de la caisse, moi de la prostate plutôt.
Le jour où j'adoptai cette remise j'y trouvai un canot, la quille en l'air. Je le retournai, le calai avec des pierres et des morceaux de bois, enlevai les bancs et en fis mon lit.
Mais elle n'avait pas de vase de nuit. J'ai une sorte de chaise percée, dit-elle. Je voyais la grand-mère assise dessus, raide comme un piquet et fière.
Et toutes ces lèvres qui m'avaient embrassé, ces coeurs qui m'avaient aimé (c'est bien avec le coeur que l'on aime, n'est-ce pas, ou est-ce que je confonds avec autre chose?), ces mains qui avaient joué avec les miennes ...
Ce conte, il aurait pu simplement me le conter, il le savait par coeur, moi aussi, mais cela ne m'aurait pas calmé, il devait me le lire, soir après soir, ou faire semblant de me le lire, en tournant les pages et en m'expliquant les images.
Avec quoi allais-je ramper, à l'avenir? Couché sur le bord de la route je me mettais à me contorsionner chaque fois que j'entendais venir une charrette. C'était pour qu'on ne s'imaginât pas que je dormais ou me reposais.
Je les sentais proches, les rues glaciales et tumultueuses, les visages terrifiants, les bruits qui coupent, percent, lacèrent, contusionnent.
Non, l'avoir dit me convainc du contraire, je n'ai jamais vu le jour, pas plus que lui, voilà la beauté toute négative de la parole.
La femme observait nos conventions de son mieux. Elle apportait vers midi un plateau chargé de vivres et enlevait celui de la veille.
Les chaussures avait raidi et le soleil accusait les craquelures du cuir.
Je vais décrire l'endraoit, ça c'est sans importance. Le sommet, très plat, d'une montagne, non, d'une colline, mais si sauvage, si sauvage.
Ils me vêtirent et me donnèrent de l'argent. Je savais à quoi l'argent devait servir, il devait servir à me faire démarrer.
Pas question que je me déroute pour l'éviter, non, tout simplement pas question que moi je me déroute, tout en n'ayant été de ma vie en route pour quelque part, mais tout simplement en route.
Elle portait d'amples et orageux jupons, volants et autres dessous que je ne saurais nommer. Tout cela se soulevait en moutonnant et froufroutant ...

Œuvres de Samuel Beckett

Cap au pire (1991)En attendant Godot (1953)En attendant Godot (1953), IEn attendant Godot (1953), IIEn attendant Godot (1953), PozzoFin de partie (1957)L'InnommableL'Innommable (1949)Le Fou parle, n° 17.Le Monde et le Pantalon (1989)Malone meurtMalone meurt (1948)Mercier et Camier (1946)Molloy (1951)Murphy (1938)Murphy (1947)NouvellesNouvelles et textes pour rienNouvelles et textes pour rien (1944)Nouvelles et textes pour rien (1955)