Mieux vaut être ridicule un quart d'heure avec une serviette autour du cou que sale toute la journée en offrant aux regards de ses contemporains les peu ragoûtant stigmates de la fusion entre le textile et l'agroalimentaire.
Auteur
Philippe Bouvard
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On aurait grand tort de se croire sourd lorsqu'à l'écoute incessante de soi-même on n'entend rien. La vacuité, elle, n'est justiciable d'aucune prothèse.
La langue française est moins riche qu'on le prétend qui ne dispose que du mot retraite pour désigner le repos mérité d'un militaire après une vie de travail et la fuite devant l'ennemi.
Le contentement de soi serait plus sympathique s'il n'allait pas de pair avec un mécontentement chronique à l'égard d'autrui.
C'est quand elle s'abstient de servir à la parole que la langue humaine se montre la plus indiscrète.
Après un mois de vacances, la valise est toujours plus fatiguée que l'homme.
Les mondanités offrent l'occasion de parler alors qu'on n'a rien à dire avec des gens que rien n'oblige à rencontrer.
Sans doute y a-t-il un certain panache à ce que tant d'hommes politiques, dont la carrière se trouve souvent menacée par des casseroles, tiennent à poser pour les photographes au milieu de leur cuisine.
Désolante malfaçon de l'être humain: sa chair est faible jusqu'au moment où elle devient flasque.
Inversion des rôles traditionnels dans le couple moderne: c'est la femme qui porte la culotte et l'homme qui arbore la boucle d'oreille.
L'alibi de l'allergique au sport: pas de performance à vingt ans, pas de contre-performance à soixante.
Il n'y a que ceux qui n'ont jamais tenté de pactiser avec le hasard pour s'imaginer que l'on s'amuse en jouant.
Le coeur ne bat pas de la même façon derrière une cravate ou sous un tee-shirt.
Ce qui me désespère et me rassure à la fois dans toutes les manifestations du racisme, c'est que la victime n'attend que le moment de devenir à son tour bourreau.
Les lâches sont moins violents, les hypocrites plus polis. Preuve que dans les comportements les plus désolants, on peut toujours trouver des raisons d'espérer.
La démence sénile est une grande victoire sur la mortalité infantile.
J'ai pris une grande résolution professionnelle: je n'écrirai plus désormais que sur les sujets dont j'ignore tout afin d'être assuré de m'instruire en me relisant.
La presse est toujours une danseuse, charmante, attachante, capricieuse. Mais elle refuse désormais de coucher avec les capitalistes qui l'entretiennent.
Un journal est fait moitié par des gens qui écrivent sans s'inquiéter, moitié par des gens qui s'inquiètent sans écrire.
Au train où nous roulons, la liberté d'expression se résumera bientôt au droit de dire qu'on est très heureux de ne plus rien pouvoir dire.
Le paradoxe dichotomique du journaliste le plus honnête: il est désespéré par tout ce qui va mal et désappointé par tout ce qui va bien.
La légitimité du journalisme dit d'investigation est mince quand elle ne procède que de la curiosité malsaine du public.
La phraséologie funèbre ne cesse d'évoluer. On ne meurt plus, on décède. A moins qu'on ne s'éteigne, alors que, vivant, on n'était pas catalogué comme une lumière ni classé parmi les allumés.
Le journaliste idéal sous tous les gouvernements: le rédacteur anonyme et respectueux du Journal officiel.
Presse: recèle l'actualité avant d'envelopper le poisson.
Œuvres de Philippe Bouvard
Bouvard de A à Z (2014)Douze mois et moi (1978)Douze mois et moi (1978), MarsJournal 1992-1996Journal 1997-2000Le Journal de Bouvard, 1992-1996 (1997)Lettre ouverte aux marchands du Temple (1967)Maximes au minimumMaximes au minimum (1999)Mille et une pensées (2005)ProverbesRéactions à la mort de Jean Yanne, le 23 mai 2003.TF1 le 18 août 2000, Nos meilleurs momentsTF1 le 5 avril 2002, 25 ans des \"Grosses Têtes\"Tous des hypocrites, sauf vous et moi (1979)Un oursin dans le caviar (1973)