Auteur

Paul Verlaine

Ah, quand refleuriront les roses de septembre!
Le ciel est, par-dessus le toit, - Si bleu, si calme! - Un arbre, par-dessus le toit, - Berce sa palme!
Ecoutez la chanson bien douce - Qui ne pleure que pour vous plaire, - Elle est discrète, elle est légère: - Un frisson d'eau sur la mousse!
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, - Simple et tranquille.
Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste!
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà - Pleurant sans cesse, - Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà - De ta jeunesse?
Qui peut, sans frémir, - Juger sur la terre?
Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
Tournez, tournez, bons chevaux de bois, - Tournez cent tours, tournez mille tours, - Tournez souvent et tournez toujours, - Tournez, tournez au son des hautbois.
La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles - Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a - L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
La morale la meilleure, - En ce monde où les plus fous - Sont les plus sages de tous, - C'est encor d'oublier l'heure.
Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents.
Tout suffocant - Et blême, quand - Sonne l'heure, - Je me souviens - Des jours anciens - Et je pleure.
Murs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bord - Du grand chemin poudreux où le ciel brûle et saigne, - L'auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne. - Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passeport.
Nos repas sont charmants encore que modestes, - Grâce à ton art profond d'accommoder les restes.
Quelle est cette langueur - Qui pénètre mon coeur.
Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations: Judas, par exemple, avait des amis irréprochables.
Voix de l'orgueil: un cri puissant, comme d'un cor, - Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or.
Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin. - Nourris l'homme du lait de la terre et lui donne - L'honnête verre où rit un peu d'esprit divin. - Moissonneurs, vendangeurs, là-bas, votre heure est bonne.
Noyez mon âme au flot de votre Vin, - Fondez ma vie au Pain de votre Table, - Noyez mon âme au flot de votre Vin.
Frère de sang de la vigne rose, - Frère de sang de la veine noire - O vin, ô sang, c'est l'apothéose.
Et tu boiras le vin de la vigne immuable, - Dont la force, dont la douceur, dont la bonté - Feront germer ton sang à l'immortalité.
J'aimais surtout ses jolis yeux, - Plus clairs que l'étoile des cieux, - J'aimais ses yeux malicieux.
Beautés mûres ou non, novices ou professes, - Et ne vivre plus qu'en vos fentes et vos raies.

Œuvres de Paul Verlaine

A propos de Marceline Desbordes-Valmore.Amour (1888)Amour (1888), Ballade en rêveAmour (1888), Lucien LétinoisAmour (1888), Prière du matinBonheur (1893), XXX - L'amour de la Patrie est le premier amourChair (1895), Assonances galantesChair (1895), PrologueChansons pour elle (1891)Chansons pour elle (1891), IIIChansons pour elle (1891), VIIChansons pour elle (1891), XXCompagne savoureuse et bonneConfessions (1895)Dans les limbes (1894)Dédicaces (1890)Dédicaces (1890), XL, Quatorzain pour toutesDédicaces (1890), XXIXDédicaces (1890), XXXVDédicaces, à Arthur Rimbaud