Il y a bien des livres que j'ai lus, moins pour leur contenu, que pour les réflexions, sujet et style, que je savais qu'ils me feraient faire.
Il n'y a que ce genre de lecture qui vaille: les Correspondances, les Souvenirs, les Journaux, les Confessions, les Autobiographies, les Biographies, d'un genre ou d'un autre.
Je vais passer pour un esprit léger (au jugement des esprits lourds): un Dictionnaire d'anecdotes fait ma plus grande lecture. Tous les caractères sont là, peints en peu de mots. Pour les caractères en grand: les Correspondances.
La trahison peut être le fait d'une intelligence supérieure, entièrement affranchie des idéologies civiques.
On est bien portant. On voit des malades. On les sait perdus. On les veut tromper, tenir dans l'illusion, par de bonnes paroles, et y croire. On est malade à son tour, et on se laisse tromper et tenir dans l'illusion comme les autres.
Les moralistes sont toujours bouffons, et souvent comiques quand on regarde ce qu'ils sont eux-mêmes.
Je n'ai jamais été capable des grands sentiments: ils me font rire.
Le chagrin pour les morts est une niaiserie. Une illusion également. C'est sur nous-mêmes que nous pleurons, sur le vide ou la privation qu'ils nous laissent. Eux, ils sont morts, c'est-à-dire: ils ne sont plus rien. Pleurer sur eux ne rime à rien.
Nous ne parlons guère de Pascal que pour nous gausser de la sottise de ses annotateurs. Par exemple, Ernest Havet sur: Les rivières sont des chemins qui marchent. «Oui, mais à condition qu'ils aillent où l'on veut aller.»
Je suis pour les privilèges... Quand ils sont gagnés.
«Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas.» Un mot de littérateur. Le coeur a ses raisons, en effet, que la raison connaît parfaitement. Nous pouvons commettre des actions déraisonnables et notre raison nous les faire voir déraisonnables.
... il est plus difficile de rendre que de ne pas recevoir.
Le ressentiment est une grande consolation.
On nous annonce un nouveau timbre poste, à l'effigie Pasteur, ce savant imbécile qui croyait à la Sainte Vierge. On ne dira pas que nous ne vivons pas dans une époque d'idolâtrie.
Une excellente définition du savant par M. Hector Talvart: «Un savant est un homme qui sait beaucoup de choses qu'il faudrait connaître mieux que lui pour savoir s'il n'est pas un âne.»
Il n'y a pas que le pédantisme des savants. Il y a aussi celui des ignorants, chez les gens sans instruction, qui n'ont lu que deux ou trois livres d'école communale, et qui ne ratent pas une occasion de s'en souvenir, au sujet de n'importe quoi.
J'avais justement lu le matin, dans le Soir d'hier, une série d'aphorismes de René Wisner qui n'a pas grand talent mais qui a écrit pour une fois dans cette série un mot assez juste: Qu'est-ce que l'économie? L'art de ne pas vivre.
On me demandait l'autre jour: «Qu'est-ce que vous faites? - Je m'amuse à vieillir, répondis-je. C'est une occupation de tous les instants.»
Ce qui est difficile, c'est de devenir octogénaire; après, il n'y a plus qu'à se laisser vivre.
Je fais chez moi des repas qui donnent envie de se pendre.
Je m'amuse à vieillir. C'est une occupation de tous les instants.
La littérature n'a rien à voir avec la richesse du vocabulaire, sinon le plus grand des chefs-d'oeuvre serait le dictionnaire.
On ne saura jamais combien la timidité peut rendre vertueux, et niais.
Les gens couverts de croix me font irrésistiblement penser à un cimetière.
Tout ce qu'on dénomme aujourd'hui littérature, combien c'est léger, superficiel, inutile presque, comparé aux livres de Taine, de Renan.
Œuvres de Paul Léautaud
Amours (1958)CorrespondanceDans La Vie secrète de Paul Léautaud (1923) de Marie Dormoy.Entretiens avec Robert MalletEntretiens avec Robert Mallet (1951)EpitapheJournal littéraire (1893-1956)Journal littéraire (1893-1956), 11 août 1913, IJournal littéraire (1893-1956), 12 août 1937, IIJournal littéraire (1893-1956), 14 Octobre 1942, IIIJournal littéraire (1893-1956), 14 mars 1897Journal littéraire (1893-1956), 15 août 1903Journal littéraire (1893-1956), 15 février 1934, IIJournal littéraire (1893-1956), 16 octobre 1932Journal littéraire (1893-1956), 1922-1924Journal littéraire (1893-1956), 2 Avril 1942, IIIJournal littéraire (1893-1956), 2 mai 1950, IIIJournal littéraire (1893-1956), 21 mai 1923, IJournal littéraire (1893-1956), 24 août 1903, IJournal littéraire (1893-1956), 25 août 1903