Auteur

Paul Léautaud

La solitude conserve neuf.
La trahison est la seconde nature des femmes.
Le papier et la femme sont deux choses blanches qui souffrent tout.
Ne rentrez jamais chez vous à l'improviste: si votre femme n'est pas seule, vous l'ennuierez; si elle est seule, vous vous ennuierez.
Pourquoi faire part de nos opinions? Demain, nous en aurons changé.
Il y a des gens qui savent se caser. Il est vrai que c'est tout ce qu'ils savent.
On n'est pas beau après l'amour. Mouvements ridicules, où on perd chacun un peu de matière. Grandes saletés.
Il en est en amour comme en toutes choses. Ce qu'on a eu n'est rien, c'est ce qu'on n'a pas qui compte.
L'amour! Alors, on aime un appareil respiratoire, un tube digestif, des intestins, des organes d'évacuation, un nez qu'on mouche, une bouche qui mange, une odeur corporelle? Si on pensait à cela, comme on serait moins fou!
L'amour, c'est le physique. Et La Rochefoucauld l'a oublié: l'amour est encore une forme de l'intérêt. Ce qu'on aime dans un autre, c'est soi, c'est son plaisir, c'est le plaisir qu'on lui donne et qui est encore une forme du nôtre.
Pour être aimé, il faut ne pas aimer ou savoir cacher son amour. C'est une vérité qui n'a pas fini d'être vraie.
Il n'y a rien qui donne de l'assurance, et je dirais presque de l'esprit, et l'aplomb de ses propres idées, comme mille francs dans sa poche et à soi.
Quand on pense à des choses de ce genre: le mariage, la guerre, la prison, les estropiés nés, les tordus, les contrefaits, les idiots, les fous, les syphilitiques, on sent le prix du bonheur d'y avoir échappé - jusqu'ici, du moins.
C'est une constatation que sont obligés de faire quelquefois certains hommes: que de sots ont facilement ce qu'ils n'ont pas.
Ne conseiller personne, ne rien révéler, indiquer à personne. Pourquoi hâter et favoriser le développement d'autrui?
Au-dessus du devoir, il y a le bonheur.
Ce vers, de Vigny, je crois, me revenait tantôt: - J'aime la majesté des souffrances humaines. - Où a-t-il vu des souffrances humaines avoir de la majesté? A ajouter à ce que j'ai dit des choses qu'on écrit parce que cela fait bien.
Je finirai par croire que les femmes qui viennent vous chercher vous jouent plus de tours que les femmes auxquelles on a dû faire une longue cour avant de les obtenir, comme ayant moins de prix pour elle (vanité) dans le premier cas que dans le second.
Il est curieux que ce soit toujours la femme qui «accorde ses faveurs» à l'homme. Ce n'est pourtant qu'un échange de bons procédés?
Une femme ne trouve jamais très intelligent l'homme qui l'aime.
C'est Fernand Vandérem qui a eu l'idée, - dont on parle - de donner la croix de guerre à la Tour Eiffel. On est renseigné sur l'esprit d'un homme après ce trait.
Celui qui parle de la paix a plus d'avenir que celui qui parle de la guerre. Car la guerre n'est qu'un état passager. On la fait pour arriver à la paix, tandis qu'on ne fait pas la paix pour récolter la guerre.
L'observateur des hommes et de la vie qui n'aboutit pas au comique est un observateur bien incomplet.
J'expliquais hier à l'étude la nécessité de n'avoir point pour magistrats des hommes honnêtes. N'ayant aucune capacité criminelle, comment ceux-ci pourraient-ils juger des crimes? On ne juge que ce qu'on connaît bien.
Les livres sont rares que j'ai pu achever de lire.

Œuvres de Paul Léautaud

Amours (1958)CorrespondanceDans La Vie secrète de Paul Léautaud (1923) de Marie Dormoy.Entretiens avec Robert MalletEntretiens avec Robert Mallet (1951)EpitapheJournal littéraire (1893-1956)Journal littéraire (1893-1956), 11 août 1913, IJournal littéraire (1893-1956), 12 août 1937, IIJournal littéraire (1893-1956), 14 Octobre 1942, IIIJournal littéraire (1893-1956), 14 mars 1897Journal littéraire (1893-1956), 15 août 1903Journal littéraire (1893-1956), 15 février 1934, IIJournal littéraire (1893-1956), 16 octobre 1932Journal littéraire (1893-1956), 1922-1924Journal littéraire (1893-1956), 2 Avril 1942, IIIJournal littéraire (1893-1956), 2 mai 1950, IIIJournal littéraire (1893-1956), 21 mai 1923, IJournal littéraire (1893-1956), 24 août 1903, IJournal littéraire (1893-1956), 25 août 1903