Auteur

Okakura Kakuzo

Notre dieu est grand et l'argent est son prophète. Pour ses sacrifices, nous dévastons la nature entière. Nous nous vantons d'avoir conquis la matière et nous oublions que c'est la matière qui a fait de nous ses esclaves.
L'art aujourd'hui est celui qui nous appartient réellement; il est notre propre reflet. Le condamner, c'est nous condamner nous-mêmes. Le passé peut bien regarder avec pitié la pauvreté de notre civilisation; l'avenir rira de la stérilité de notre art.
La virilité d'une idée ne consiste pas moins dans sa puissance à créer un passage à travers la pensée contemporaine que dans sa capacité à dominer les mouvements futurs.
Ceux qui sont incapables de sentir en eux-mêmes la petitesse des grandes choses sont mal préparés à discerner la grandeur des petites choses chez les autres.
Comment peut-on traiter sérieusement le monde quand le monde lui-même est si ridicule? L'esprit de trafic est partout. L'Honneur et la Chasteté!
La lumière de l'après-midi éclaire les bambous, les fontaines babillent délicieusement, le soupir des pins murmure dans notre bouilloire. Rêvons de l'éphémère et laissons-nous errer dans la belle folie des choses.
Tous les autels, les uns après les autres, se sont écroulés sous nos yeux; un seul demeure, éternel, celui sur lequel nous encensons notre idole suprême - nous-mêmes. Notre dieu est grand et l'argent est son prophète.
Dans le liquide ambré qui emplit la tasse de porcelaine ivoirine, l'initié peut goûter l'exquise réserve de Confucius, le piquant de Laotsé, et l'arôme éthéré de Cakyamouni lui-même.
Pourquoi les hommes et les femmes aiment-ils tant à se faire remarquer? N'est-ce pas un instinct qui leur vient des jours d'esclavage?
Nous entretenons notre conscience, parce que nous avons peur de dire la vérité aux autres; nous nous réfugions dans l'orgueil, parce que nous avons peur de nous dire la vérité à nous-mêmes.
Seul celui qui vécut avec la beauté mourra dans la beauté.
Il ne convient pas non plus de mépriser les oeuvres du passé, mais nous devons veiller à ce que notre conscience les assimile pleinement. ... Aimons davantage les anciens, mais copions-les moins!
L'on inculque au peuple non point la véritable vertu, mais une manière de se comporter convenablement.
Nos normes morales sont nées des besoins passés de la société, mais la société est-elle vouée à demeurer éternellement la même ? L'observance de règles communes implique le sacrifice constant de l'individu à l'Etat.
Le thé n'a ni l'arrogance du vin ni l'affectation du café - et encore moins l'innocence minaudière du cacao.
Aimons davantage les anciens, mais copions-les moins ! Si les Grecs ont été grands, dit un adage, c'est qu'ils ne se sont jamais inspirés de leurs propres anciens.
En art, la vanité est tout aussi fatale au sentiment de communion, qu'elle soit le fait de l'artiste ou celui du public.
L'art n'a de valeur - ne l'oublions pas - que dans la mesure où il nous parle.
L'échec à percevoir l'humanité profonde d'autrui constitue l'une des plus grandes causes de conflits en ce monde.
Qui cherche la perfection doit découvrir dans sa propre vie le reflet de sa lumière intérieure.
Le vrai sens de l'art n'est possible qu'à ceux qui font de l'art une influence vivante.
Celui-là seul qui a vécu avec la beauté mourra en beauté.
Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal ; il comprit l'utilité de l'inutile.
Si nous ne pardonnons jamais à autrui, c'est parce que nous nous savons fautifs.
Nous écoutons l'inexprimé, nous contemplons l'invisible.

Œuvres de Okakura Kakuzo

Le Livre du Thé (1906)Le Livre du Thé (1976)