Nous sommes de petits vers, Zorba, de tout, tout petit vers sur la petite feuille d'un arbre gigantesque. Cette petite feuille est notre Terre. Les autres feuilles sont les étoiles que tu vois se mouvoir dans la nuit. Nous cheminons sur notre petite feuille en l'examinant anxieusement. Nous la humons, elle sent bon ou mauvais. Nous la goûtons, elle est comestible. Nous tapons dessus, elle résonne et crie comme un être vivant. Quelques hommes, les plus intrépides, arrivent jusqu'au bout de la feuille. De là, nous nous penchons, les yeux grands ouverts, les oreilles tendues, vers le vide. Nous frémissons. Nous devinons au-dessous de nous l'effrayant précipice, nous entendons de loin en loin le bruissement des autres feuilles de l'arbre gigantesque, nous sentons la sève monter des racines de l'arbre et notre coeur se gonfler. Ainsi penchés sur l'abîme, de tout notre corps, de toute notre âme, nous frissonnons de terreur
Auteur
Níkos Kazantzákis
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· biographie ↗
Les premières étoiles apparurent et restèrent suspendues en l'air, tremblantes, comme des clochettes d'argent. Toute la nuit tinta.
Ma vie avait fait fausse route et mon contact avec les hommes n'était plus qu'un monologue intérieur. J'étais descendu si bas que si j'avais eu à choisir entre tomber amoureux et lire un bon livre sur l'amour j'aurais choisi le livre.
Nous restâmes silencieux auprès du brasero, tard dans la nuit. Je sentais de nouveau combien le bonheur est une chose simple et frugale: un verre de vin, une châtaigne, un misérable poêle, la rumeur de la mer. Rien d'autre. Et pour sentir que tout cela c'est du bonheur, il ne faut qu'un coeur simple et frugal.
Si on savait, patron, dit-il, ce que disent les pierres, les fleurs, la pluie! Peut-être bien qu'elles appellent, qu'elles nous appellent, et que nous, on n'entend pas. Quand est-ce que les oreilles des gens s'ouvriront ? Quand est-ce qu'on aura les yeux ouverts pour voir ? Quand est-ce qu'on ouvrira les bras pour s'embrasser tous, les pierres, les fleurs, la pluie, les hommes ?
Dis-moi ce que tu fais de ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Il y en a qui transforment ça en lard et en ordures, d'autres en travail et bonne humeur, et d'autres, en Dieu, comme j'ai entendu dire. C'est donc qu'il y a trois espèces d'hommes. Moi, je ne suis ni des pires, ni des meilleurs. Je me tiens entre les deux. Ce que je mange, je le transforme en travail et en bonne humeur. C'est pas trop mal !
Quel drôle de machine que l'homme ! dit-il, stupéfait. Tu la remplis avec du pain, du vin, des poissons, des radis, et il en sort des soupirs, du rire et des rêves. Une usine ! Dans notre tête, je crois bien qu'il y a un cinéma sonore comme ceux qui parlent.
Mon vieux, quand est-ce que l'homme deviendra vraiment un homme ? On se met des pantalons, des faux cols, des chapeaux mais on est encore des mulets, des loups, des renards, des cochons. On est, paraît-il, à l'image de Dieu ! Qui ? Nous ? Quelle blague.
La vie de l'homme est une route avec montées et descentes. Tous les gens sensés avancent avec un frein. Mais moi, et c'est ici qu'est ma valeur, patron, il y a belle lurette que j'ai jeté mon frein, car les carambolages ne me font pas peur.
La vie de l'homme est une route avec montées et descentes. Tous les gens sensés avancent avec un frein.
A ses côtés, le temps avait pris une nouvelle saveur. Ce n'était plus une succession mathématique d'évènements, ni en moi, un problème philosophique insoluble. C'était du sable chaud, finement tamisé, et je le sentais couler tendrement entre mes doigts.
Dieu à chaque instant change de visage. Heureux celui qui peut le reconnaître sous chacun de ses masques.
C'est ainsi que, dans leur patrie, on chantait les vers de Dante depuis bien des années, bien des siècles. De même que la chanson prépare les jeunes gens à l'amour, les vers ardents du Florentin préparaient les adolescents italiens au combat pour la libération de leur patrie. Et tous, en communiant avec l'âme du poète, transformaient peu à peu leur esclavage en liberté.
Je n'espère rien, - je ne crains rien, - je suis libre. \r\n