La guerre est une épopée pour les nigauds qui croient qu'une médaille vaut la vie.
Auteur
Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra
Il y a toujours une vie après l'échec, la mort seule est définitive.
Votre femme était une martyre. Nous lui serons éternellement reconnaissants. Mais ça ne vous autorise pas à chahuter son sacrifice ni à mettre en danger qui que ce soit. Nous respectons votre douleur, respectez notre combat.
Croire en quelque chose, c'est d'abord et surtout ne jamais y renoncer.
Ce n'est pas seulement un être, une mère, même unique, ou bien une époque une mère, c'est une présence que ni l'érosion du temps ni les défaillances de la mémoire ne peuvent altérer.
Si la ville était une illusion, la campagne serait une émotion sans cesse grandissante chaque jour qui s'y lève rappelle l'aube de l'humanité, chaque soir s'y amène comme une paix définitive.
Il ne faut pas avoir honte de ses sentiments quand ils sont beaux, même lorsqu'ils nous semblent injustes.
Le mortel n'a qu'un seul domicile fixe : la tombe. Vivant, rien n'est jamais acquis pour lui, ni maison ni patrie.
Ici, t'es aussi Dieu le Père. Tu fais ce que bon te semble. T'as raison, t'as tort, c'est pas important. Tu fais avec, tu fais sans, c'est pas important, non plus. Tu existes, et ça n'a pas de prix.
Elle ne représente pas grand-chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n'est qu'une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu.
En lisant ce magnifique roman, j'ai découvert un romancier talentueux, et depuis je me suis mise a lire ses livres, que je trouve plein d'humanité !
Il ne s'agit pas de laver son corps mais son âme jeunes gens. Si vous êtes pourris de l'intérieur, ni les fleuves ni les océans ne pourraient vous désinfecter.
Kadem n'avait pas tout à fait raison. Ce n'est pas le monde qui est tombé bien bas ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse.
Les âmes perdues ne sont pas celles que l'on croit. Et l'enfer, lui, n'est jamais où on l'attend.
Le malheur est un cul-de-sac. Il mène droit dans le mur. Si tu veux t'en sortir, rebrousse chemin à reculons. De cette façon, tu croiras que c'est lui qui s'éloigne pendant que tu lui fais face.
Le matin, à l'heure où la nuit retrousse ses ourlets sur les premiers attouchements du jour, je suis debout.
J'ai besoin qu'il parle, de savoir qui sont ses complices, ce qu'ils comptent faire de nous, où nous sommes ; j'ai surtout besoin de mesurer notre chance de nous en sortir, d'y croire avec la force du désespoir comme croit au miracle le condamné qui a épuisé tous les recours et qui refuse de renoncer à son combat. Le garçon me paraît accessible. Qui sait ? Il n'est point de criminel totalement réfractaire à l'émotion ; tant qu'il dispose d'un ersatz d'âme, aussi enfoui soit-il dans sa bestialité, il est toujours possible de l'atteindre pourvu que l'on décèle une rainure dans sa cuirasse.
La Croix-Rouge est un organisme non gouvernemental. Elle intervient aussi bien chez vous que chez nous. Beaucoup de ses militants ont payé de leur vie le secours qu'ils portaient aux autres. Ils sont partout où les gens souffrent, sans distinction de couleur de peau ou de religion. Ni la guerre, ni les dictatures, ni les épidémies, ni les pénitenciers ne les découragent. Votre ami est injuste et complètement à côté de la plaque. S'il est incapable de reconnaître l'une des plus belles générosités de notre époque, c'est qu'il est aveugle et sans coeur.
— C'est pas interdit de rêver. - \r\n— Au contraire, c'est le seul droit qu'aucune loi ne peut t'interdire...
Il est des gens qui ne sont que l'expression de leurs méfaits, vils parce que sans scrupules, laids parce que repoussants de perfidie.
Je suis prêt à troquer mes armes, toutes mes armes, contre ton bistouri, docteur. La guerre n'est pas une sinécure. Je la subis au même titre qu'un berger qui saute sur une mine ou une gamine foudroyée par une balle perdue. Personne, je dis bien personne n'est à l'abri lorsqu'on institue la tragédie en dogme, lorsque le tort se découvre une logique. Si tu demandais au plus grand des baroudeurs ou à celui qui dispose du plus pharaonique butin de guerre ce qui lui ferait plaisir, il te répondrait du tac au tac : « Un instant de répit ! » Aucun peuple n'est conçu pour la guerre. Le nôtre pas plus que le vôtre. Mais on ne nous a pas laissé le choix. La brute que je suis aimerait avoir un job peinard, et un bout de femme qui l'attend le soir, et, pourquoi pas, un ou deux marmots qui se jetteraient à son cou au retour du boulot. Manque de bol, à la place d'un cahier d'écolier, on m'a foutu une pétoire dans les pattes et on m'a dit « sauve ta peau comme tu peux ». Alors, je fais ce que je peux.
L'aube se lève. Telle une prière inutile sur un désert sourd, misérable et nu. Épaves oubliées par une mer volatilisée depuis des millénaires, quelques rochers s'effritent dans la poussière ; çà et là, enguirlandés de coloquintes vénéneuses, de maigres bras de broussailles soulignent les berges de jadis sur lesquelles des acacias solitaires se sont crucifiés puis, plus rien – rien de ce que l'on espère entrevoir –, ni caravane providentielle, ni cahute salutaire, pas même la trace d'un bivouac. Le désert est d'une perversité !... C'est un code piégé, le désert, un dédale souverain et fourbe où les témérités courent à leur perte, où les distraits s'évanouissent parmi les mirages plus vite qu'une feinte, où pas un saint patron ne répondrait aux appels du naufragé afin de ne pas se couvrir de ridicule ; un territoire d'échec et d'adjuration, un chemin de croix qui n'a de cesse de se ramifier, un envers du décor où l'entêtement se mue en obsession et la foi en folie. Ci-gît la vanité de toute chose en ce monde, semble clamer la nudité des pierres et des perspectives. Car, ici, tout retourne à la poussière, les montagnes taciturnes et les forêts luxuriantes, les paradis perdus comme les empires bâclés, jusqu'au règne claironnant des hommes… Ici, en ces immensités reniées des dieux, viennent abdiquer les tornades et mourir les vents bredouilles à la manière des vagues sur les plages sauvages puisque seule la course inexorable des âges est invincibilité et certitude. Au loin, très loin, là où la terre commence à s'arrondir, l'horizon se tient immobile, piètre et livide, comme si la nuit l'avait tenu en haleine jusqu'au matin…
Lorsque la mort tente de vampiriser jusqu'au dernier recoin de l'esprit, la vie se doit de réagir. Il y va de sa crédibilité.
Je voudrais tant de choses futiles et laides, tant d'invisibilité aussi, tant d'océans entre moi et le charnier qui gangrène le sol sous mes pieds, mais mes exigences ne sont que l'expression de mon refus de regarder la réalité en face : les hommes sont ce que la nature a engendré de pire et de meilleur ; les uns meurent pour un idéal, d'autres pour des prunes ; certains périssent de leur générosité, d'autres de leur ingratitude ; ils s'entredéchirent pour les mêmes raisons, chacun dans son camp, et dans cette ignoble mise en scène, l'ironie du sort joue aux bons auspices jusqu'à réconcilier, dans une même fosse putride, l'éclairé et l'enténébré, le vertueux et le pervers, le martyr et le tortionnaire rendus à la mort éternelle comme des siamois au ventre de leur mère.
La vie est une succession d'ambiguïtés et de bravades. On y apprend tous les jours, et tous les jours on efface son ardoise pour un nouvel exercice. En réalité, il n'y a pas de vérité irréfutable, il n'y a que des certitudes. Lorsque l'une s'avère être infondée, on s'en forge une autre et on s'y verrouille contre vents et marées. La survivance est un naufrage dont le salut repose sur l'entêtement et non sur la providence. Il y a ceux qui abandonnent, et ceux-là sont morts, et d'autres qui revoient leur copie... Me vient à l'esprit l'image du marabout-guerrier agonisant sur son lit de camp, le faciès taillé dans un parchemin. Sa voix chevrotante m'atteint dans un soupir d'outre-tombe. Que me disait-il ? Ça me revient ; il disait : « Pour qu'un coeur continue de battre la mesure des défis, il lui faut pomper dans l'échec la sève de sa survivance ».
Œuvres de Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra
A quoi rêvent les loups (1999)Ce que le jour doit à la nuit (2008)Cousine K (2003)Interview au magazine littéraire Mille-feuilles, RTBF TV, 23 septembre 2008.Journal de Saône-et-Loire, août 2013L'Attentat (2005)L'Ecrivain (2001)L'Equation africaine (2011)L'Imposture des mots (2002)L'Olympe des infortunes (2010)La Part du mort (2004)Les Anges meurent de nos blessures (2013)Les Hirondelles de Kaboul (2002)Les Sirènes de Bagdad (2006)Les chants cannibales (2012)Morituri (1997)Qu'attendent les singes (2014)