Auteur

Miguel de Unamuno

Par désespoir on affirme, par désespoir on nie, par désespoir on s'abstient d'affirmer et de nier.
... il vaut mieux manquer de raison que d'en avoir trop.
... si les pièces du jeu d'échecs étaient douées de conscience, elles admettraient volontiers le libre arbitre de leurs mouvements, c'est-à-dire leur rationalité finaliste.
... que ce soit avec la raison, sans la raison ou contre elle, je n'ai pas envie de mourir.
L'amour recherche avec fureur, à travers l'objet aimé, quelque chose au-delà; et comme il ne le trouve pas, il désespère.
Grâce à l'amour nous sentons tout ce qu'a de chair l'esprit.
Vivre, c'est se donner, se perpétuer; se perpétuer et se donner, c'est mourir.
... rien ne nous pénètre mieux de l'espoir et de la foi en un autre monde que l'impossibilité pour notre amour de fructifier véritablement dans ce monde de chair et d'apparences.
L'homme aspire à être aimé, ou, ce qui revient au même, aspire à inspirer la compassion.
Et s'il est douloureux de cesser un jour d'être, il serait peut-être plus douloureux de continuer toujours d'être le même, sans plus, sans pouvoir en même temps être autre, sans pouvoir être à la fois tout le reste, sans pouvoir être tout.
Pour aimer tout, pour avoir pitié de tout, de l'humain et de l'extra-humain, du vivant et de l'inanimé, il faut que tu sentes tout en dedans de toi-même, que tu personnifies tout. Car l'amour personnifie ce qu'il aime, ce à quoi il compatit.
... toute conscience est une conscience de mort et de douleur. - Conscience, conscientia, c'est connaissance partagée, con-sentiment; et con-sentir, c'est com-patir.
... l'évolution des êtres organisés n'est qu'une lutte pour la plénitude de la conscience à travers la douleur, une constante aspiration à être autrui sans cesser d'être soi, à rompre ses bornes en se limitant.
Quoi qu'en pense la raison, il faut penser avec la vie, et quoi qu'en pense la vie, il faut rationaliser la pensée.
La volonté est une force qui se sent, c'est-à-dire qui souffre.
Vouloir définir Dieu, c'est prétendre à le limiter en notre esprit, c'est-à-dire le tuer. Dès que nous essayons de le définir, c'est le néant qui surgit.
Et Dieu n'existe pas, mais plutôt sur-existe, et soutient notre existence en «nous existant».
Et Dieu est la plus riche et la plus personnelle conception humaine.
... plus on a de personnalité, de richesse intérieure, de société en soi-même, moins brutalement on se sépare des autres.
La raison répète: vanité des vanités, et tout est vanité! Et l'imagination réplique: plénitude des plénitudes, et tout est plénitude! Et nous vivons ainsi la vanité de la plénitude, ou la plénitude de la vanité.
Que serait un univers sans conscience aucune qui le réfléchisse et le connaisse? Que serait la raison objectivée, sans volonté ni sentiment? Pour nous, la même chose que le néant; mille fois plus épouvantable que lui.
... nous n'espérons pas parce que nous croyons, mais bien plutôt nous croyons parce que nous espérons.
Exister, c'est être situé en dehors de nous au point d'avoir précédé notre perception et de pouvoir subsister après notre disparition.
... exister c'est agir.
Le mystère de l'amour, qui est celui de la douleur, a une forme mystérieuse, qui est le temps. Nous attachons l'hier au lendemain avec des chaînes d'angoisse, et l'aujourd'hui n'est à dire vrai que l'effort du passé pour deviner l'avenir.

Œuvres de Miguel de Unamuno

Abel SanchezAlmanach des Lettres françaises et étrangères, 22 février 1924.BrouillardBrouillard (2003)Du sentiment tragique de la vie (1913)EnsayosEnsayos, IIIEssaisFrère Don JuanJournal intimeJournal intime (1989)L'agonie du christianismeL'essence de l'Espagne (1895)L'essence de l'Espagne (1895), noteLe Roman de Don Sandalio, joueur d'échecsLe sens tragique de la vieMa religion et autres essais (1910)Pages choisiesSalmo, IISur ceci et sur cela (1912)