Auteur

Miguel de Unamuno

Un Miserere, chanté en choeur par une multitude fouettée du destin, vaut autant qu'une philosophie. Il ne suffit pas de guérir la peste, il faut savoir la déplorer. Oui, il faut savoir pleurer! Et peut-être est-ce là la sagesse suprême.
La raison, ce que nous appelons ainsi, la connaissance réflexe et réfléchie qui distingue l'homme, est un produit social.
Penser, c'est parler avec soi-même.
La bonté est la meilleure source de clairvoyance spirituelle.
Savoir pour savoir! La vérité pour la vérité! C'est inhumain.
... la philosophie se convertit volontiers et souvent en une sorte de proxénétisme, spirituel si l'on veut. D'autres fois, en opium pour endormir les chagrins.
... vivre est une chose, connaître en est une autre, ... nous pouvons dire que tout le vital est antirationnel et non pas seulement irrationnel, et tout le rationnel, antivital. Et c'est là la base du sentiment tragique de la vie.
N'être pas tout et pour toujours, c'est comme si je n'étais pas; ou au moins être tout moi, et l'être pour jamais. Et être tout moi, c'est être tous les autres. Tout ou rien!
Eternité! Eternité! Voilà l'aspiration par excellence; la soif d'éternité est ce qui s'appelle amour parmi les hommes; qui aime autrui veut s'éterniser en lui. Ce qui n'est pas éternel n'est pas non plus réel.
La vanité du monde qui passe, et l'amour, sont les deux notes fondamentales et intimes de la vraie poésie.
Il n'y a rien de plus universel que l'individuel, puisque ce qui est à l'un est à tous les autres.
La jalousie est mille fois plus terrible que la faim, parce que c'est une faim spirituelle.
La Trinité fut un pacte entre le monothéisme et le polythéisme; l'humanité et la divinité pactisèrent dans le Christ; de même la nature et la grâce, la grâce et le libre arbitre, le libre arbitre et la prescience divine, etc.
La pensée n'est pas une, mais variée: de même l'âme n'est pour la raison que la succession d'états de conscience coordonnés entre eux.
Penser que l'on pense, et rien de plus, n'est pas penser.
L'idée de moi-même, c'est moi.
Pour comprendre quelque chose, il faut le tuer et le raidir dans l'esprit.
La vraie science enseigne, avant tout, à douter et à ignorer, l'avocasserie ne doute ni ne croit qu'elle ignore. Il lui faut une solution.
Quand on dit d'une chose qu'elle n'est même pas digne de réfutation, tenez pour assuré, ou que c'est une insigne stupidité, auquel cas il n'y a rien à en dire, ou que c'est quelque chose de formidable, la clé même du problème.
C'est très commode de dire à quelqu'un qui a une maladie mortelle le condamnant, lui le sachant, à une courte vie, de n'y pas penser.
Nous nommons vrai un concept qui concorde avec le système général de tous nos concepts, vraie une perception qui ne contredit pas le système de nos perceptions; la vérité est cohérence.
La guerre a toujours été le plus complet facteur de progrès, plus encore que le commerce. C'est par la guerre qu'apprennent à se connaître, et par conséquent à s'aimer, vainqueurs et vaincus.
... croire est en première instance vouloir croire.
Connaître quelque chose, c'est faire de moi ce quelque chose que je connais; mais pour m'en servir, pour le dominer, il faut qu'il reste distinct de moi.
... croire en Dieu, c'est avant tout et par-dessus tout vouloir qu'il existe.

Œuvres de Miguel de Unamuno

Abel SanchezAlmanach des Lettres françaises et étrangères, 22 février 1924.BrouillardBrouillard (2003)Du sentiment tragique de la vie (1913)EnsayosEnsayos, IIIEssaisFrère Don JuanJournal intimeJournal intime (1989)L'agonie du christianismeL'essence de l'Espagne (1895)L'essence de l'Espagne (1895), noteLe Roman de Don Sandalio, joueur d'échecsLe sens tragique de la vieMa religion et autres essais (1910)Pages choisiesSalmo, IISur ceci et sur cela (1912)