La vie est courte ... le fleuve qui nous entraîne est si rapide, qu'à peine pouvons-nous y paraître.
Auteur
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné
Je vous ai écrit la dernière des Rochers ... depuis cela, pas unseul mot de vous. Il faut donc recommencer sur nouveaux frais.
Voudrait-il d'une furie, d'une bacchante, quand même il la pourrait ravoir ?
Il fait un froid extrême; notre thermomètre est au dernier degré, notre rivière est prise; il neige, et gèle et regèle en même temps.
Où diable avez-vous pris qu'elle veuille que vous soyez aussi rondelette que Mme de Castelnau? N'y a-t-il point de degré entre votre maigreur excessive et un pâton de graisse?
Que je hais ces sortes de vapeurs d'épuisement! Qu'elles sont difficiles à guérir, quand le remède est de s'hébéter, de ne point penser, d'être dans l'inaction!
La lettre de M. de Grignan m'a fait frémir, moi, ma chère enfant, qui ne puis pas souffrir la vue ni l'imagination d'un précipice; quelle horreur de passer par-dessus, et d'être toujours à deux doigts de la mort affreuse!
Je suis une sotte; j'ai offensé la géographie: vous ne passez point par Moulins, la Loire n'y va point. Je vous demande excuse de mon impertinence; mais venez m'en gronder et vous moquez de moi.
Je n'ai pu m'empêcher de vous dire tout ce détail dans l'intimité et l'amertume de mon coeur, que l'on soulage en causant avec une bonne dont la tendresse est sans exemple.
Je me divertis autant à causer avec vous, que je laboure avec les autres.
La lecture apprend aussi, ce me semble, à écrire.
Il m'est doux de penser à vous; mais l'absence jette une certaine amertume qui serre le coeur.
Je crois qu'on pourrait faire de ce sentiment une maxime fort vraie: Quand on aime à un certain point, on oublie, c'est-à-dire on pardonne toujours.
Je veux mourir si je n'aime mille fois mieux les jésuites: ils sont au moins tout d'une pièce, uniformes dans la doctrine et dans la morale.
Le temps vole et m'emporte malgré moi, j'ai beau vouloir le retenir, c'est lui qui m'entraîne; et cette pensée me fait grand'peur.
Je vous avertis, ma chère enfant, de la part de Mme de La Fayette et de toute la nombreuse troupe des vaporeux, que les vapeurs d'épuisement sont les plus dangereuses et les plus difficiles à guérir.
Je suis bien loin d'abonder dans mon sens.
Gare à la flatterie, ma fille: trop de sucre gâte les dents!
Il n'y a qu'à être en Espagne pour n'avoir plus envie d'y bâtir des châteaux.
Je disais parfois de feu M. de Rennes qu'il marquait les feuillets de son bréviaire avec des tranches de jambon...
La plupart des femmes ont toujours assez d'esprit pour se tirer d'une situation difficile. Mieux vaudrait qu'elles aient eu celui de l'éviter.
De Charles de Longueville: «Jamais homme n'eut tant de solides vertus; il ne lui manquait que des vices.»
Sans la consolation de la lecture, nous mourrions d'ennui présentement.
Dès que j'entends quelque chose de beau, je vous souhaite: vous avez part à tout ce que je pense; j'admire en moi, tous les jours, les effets naturels d'une extrême amitié...
Je veux qu'on voie que vous m'aimez, et que si vous avez un coeur tout entier, j'ai une place dans le vôtre.
Œuvres de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné
Dictionnaire Le Littré.Lettre, aux Rochers, 22 juillet 1671LettresLettres (1646-1696)Lettres (1646-1696), 1 avril 1671Lettres (1646-1696), 1 décembre 1675Lettres (1646-1696), 1 juillet 1676Lettres (1646-1696), 10 août 1680Lettres (1646-1696), 10 décembre 1670Lettres (1646-1696), 10 février 1672Lettres (1646-1696), 11 mai 1689Lettres (1646-1696), 11 octobre 1673Lettres (1646-1696), 11 septembre 1689Lettres (1646-1696), 12 janvier 1676Lettres (1646-1696), 12 juin 1680Lettres (1646-1696), 13 mars 1680Lettres (1646-1696), 13 septembre 1679Lettres (1646-1696), 14 janvier 1689Lettres (1646-1696), 14 octobre 1676Lettres (1646-1696), 15 janvier 1690