Qu'est l'erreur, et son succédané le mensonge ... sinon une sorte de Caput Mortuum, une matière inerte sans laquelle la vérité trop volatile ne pourrait se triturer dans les mortiers humains?
Auteur
Marguerite Yourcenar
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Vaut-il la peine de s'évertuer durant vingt ans pour arriver au doute, qui pousse de lui-même dans toutes les têtes bien faites?
Ce n'était pas trop de toute une vie pour confronter l'un par l'autre ce monde où nous sommes et ce monde qui est nous.
Vous autres poètes avez fait de l'amour une immense imposture: ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l'une sur l'autre.
... la musique m'a toujours paru à la fois un spécifique et une fête.
Mon métier me parut vain, ce qui est presque aussi absurde que de le croire sublime.
Mais quand je vois combien peu de gens lisent L'Iliade d'Homère, je prends plus gaiement mon parti d'être peu lu.
... il m'advient rarement de quitter une maîtresse sans ce petit soupir de soulagement de l'écolier qui sort de l'école, et je crois bien que ce sera un soupir du même genre que je pousserai à l'heure de ma mort.
Frère, il y a dans presque toutes les choses terrestres je ne sais quelle lie ou quel déboire qui vous en dégoûtent, et les rares objets qui par hasard ont la perfection en partage sont mortellement tristes.
Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas.
Je ne me suis jamais entêté à une idée par crainte du désarroi où je tomberais sans elle.
Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude.
... la voie qui consiste à tout nier, pour voir si l'on peut ensuite réaffirmer quelque chose, à tout défaire, pour regarder ensuite tout se refaire sur un autre plan ou à notre guise ...
Il y avait entre eux l'intimité d'un secret bien gardé.
Il était de ces hommes qui ne cessent pas jusqu'au bout de s'étonner d'avoir un nom, comme on s'étonne en passant devant un miroir d'avoir un visage, et que ce soit précisément ce visage-là.
Il taisait ses pensées qui pour lui comptaient le plus, mais il savait de longue date que celui qui s'expose par ses propos n'est qu'un sot, quand il est si facile de laisser les autres se servir de leur gosier et de leur langue pour former des sons.
... ce vice de l'entendement qui consiste à appréhender les objets afin de s'en servir, ou au contraire à les rejeter, sans entrer assez avant dans la substance individuée dont ils sont faits.
Depuis près d'un demi-siècle, il se servait de son esprit comme d'un coin pour élargir de son mieux les interstices du mur qui de toute part nous confine.
Un bon négociateur ne fait pas confiance.
... la doctrine du salut par la foi ravale la dignité de l'homme.
(En parlant de Dieu) - Peut-être n'est-Il dans nos mains qu'une petite flamme qu'il dépend de nous d'alimenter et de ne pas laisser éteindre; peut-être sommes-nous la pointe la plus avancée à laquelle Il parvienne...
... tout soldat rencontré dans un lieu désert tourne aisément au bandit.
Magiques enfin l'amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l'image d'un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter.
L'homme est une entreprise qui a contre elle le temps, la nécessité, la fortune, et l'imbécile et toujours croissante primauté du nombre. ... Les hommes tueront l'homme.
Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes.
Œuvres de Marguerite Yourcenar
Alexis ou le Traité du vain combat (1929)Alexis ou le Traité du vain combat (1929), PréfaceAnna, soror (1981)Archives du Nord (1977)Dans Le Journal du dimanche, 2 décembre 1984.Denier du rêveElectre ou la Chute des masques (1954), Avant-ProposElectre ou la Chute des masques (1954), I, 2, PyladeElectre ou la Chute des masques (1954), I, 4, ElectreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 1, ClytemnestreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 4, PyladeElectre ou la Chute des masques, II, 4, Pylade à OresteEn pèlerin et en étranger (1989)Feux (1936)L'Oeuvre au noir (1968)Le Coup de grâce (1939)Le Labyrinthe du monde, I - Souvenirs pieux (1974)Le Labyrinthe du monde, II - Archives du Nord (1977)Le Labyrinthe du monde, III - Quoi ? L'Eternité (1988)Le Temps, ce grand sculpteur (1983)