Auteur

Marceline Desbordes-Valmore

Il ne faut pas compter sur la pitié des hommes quand ils peuvent se donner l'importante joie de punir.
Il y a des temps où l'on ne peut plus soulever un brin d'herbe sans en faire sortir un serpent..
J'ai voulu ce matin te rapporter des roses; - Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes - Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir. - ... - Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée. - Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
Qui n'a cru respirer dans la fleur renaissante, - Les parfums regrettés de ses premiers printemps.
Les enfants sont venus vous demander des roses: - Il faut leur en donner. - - Mais les petits ingrats détruisent toutes choses... - Il faut leur pardonner.
Je ne demande rien à la foule qui passe, - Il faut au coeur blessé peu de bruit, - Et de mon lit profond d'où nul sanglot ne sort, - Je me console enfin dans les bras de la mort.
Vous me laissez là, - Dans ma vie amère; - Vous me laissez là, - Et Dieu voit cela!
Vis-à-vis la mienne - Une chaise attend: - Elle fut la sienne, - La nôtre un instant; - D'un ruban signée - Cette chaise est là, - Toute résignée, - Comme me voilà!
Maison de la naissance, ô nid, doux coin du monde! O premier univers où nos pas ont tourné!
Il brisa son image en déchirant mon coeur. - Me rapporterait-il ma douce imprévoyance, - Et le prisme charmant de l'inexpérience?
Je voudrais aimer autrement, - Hélas! Je voudrais être heureuse! - Pour moi l'amour est un tourment, - La tendresse m'est douloureuse.
Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore? - Je sens l'air embaumé courir autour de toi; - Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore: - Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi. Eveille, éveille-toi!
Par toi tout le bonheur que m'offre l'avenir - Est dans mon souvenir.
Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance, - Je n'ai plus d'espérance; - Mais je ne voudrais pas, pour tout mon avenir, - Perdre le souvenir!
Pour moi l'amour est un tourment, - La tendresse m'est douloureuse. - Ah! Que je voudrais être heureuse! - Que je voudrais être autrement!
Vous aviez mon coeur, - Moi, j'avais le vôtre: - Un coeur pour un coeur; - Bonheur pour bonheur!
J'ai rencontré l'Amour, il a brisé ma lyre; - Jaloux d'un peu de bruit, il a brûlé mes vers.
C'est un bonheur d'aimer, c'en est un de le dire. - Amour, prends ma couronne, et laisse-moi ma lyre.
Quand on n'a pas souffert on ne sait rien encore, - On ne veut confier son coeur qu'à l'avenir.
Savez-vous qu'un jour - L'homme est seul au monde? - Savez-vous qu'un jour - Il revoit l'amour? - Vous appellerez, - Sans qu'on vous réponde; - Vous appellerez, - Et vous songerez!...
La mort est dans l'adieu d'un ami veritable.
O père, - Votre enfant qui pleurait vous l'avez entendu! - Je vous obtiens déjà puisque je vous espère - Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu.
Vous ne rejetez pas la fleur qui n'est plus belle, - Ce crime de la terre au ciel est pardonné, - Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle, - Non d'avoir rien vendu, mais d'avoir tout donné.
Peut-être un jour voix tendre et voilée - M'appellera sous de jeunes cyprès : - Cachée alors au fond de la vallée, - Plus heureuse que lui, j'entendrai ses regrets.
Se reprendre à des biens perdus, - C'est marcher au flot qui recule.

Œuvres de Marceline Desbordes-Valmore

Album du jeune âge (1829)Correspondance, à Pauline Duchambge, 11 mai 1857Correspondance, à Prosper Valmor, 17 novembre 1839Elégies et Poésies nouvelles (1825), Les PleursLa FemmeLa maison de ma mèreLe Livre des mèresLe soirLes Pleurs (1833), La SincèreLes SéparésMélanges et fragments (1830), L'AbsencePauvres Fleurs (1839), Qu'en avez-vous fait?Poésies (1830)Poésies (1830), Au SommeilPoésies (1830), Elégies, A Mademoiselle Georgina NairacPoésies (1830), Elégies, La Nuit d'hiverPoésies (1830), Elégies, Qu'en avez-vous fait?Poésies (1830), Elégies, RefugePoésies (1830), L'isolementPoésies (1830), Romances, L'Espoir