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Madame de Staël

C'est un abus singulier de la prérogative d'une supériorité naturelle, que de la faire servir à s'affranchir des liens les plus sacrés, tandis que la vraie supériorité consiste dans la force de l'âme; et la force de l'âme c'est la vertu.
La vie ne semble souvent qu'un long naufrage, dont les débris sont l'amitié et l'amour.
Le Verbe, ou la parole divine, existait avant la création de l'univers; mais pour les poètes, il faut que la création précède la parole.
Quelle magie le langage de l'amour n'emprunte-t-il pas de la poésie et des beaux-arts! qu'il est beau d'aimer par le coeur et par la pensée! de varier ainsi de mille manières un sentiment qu'un seul mot peut exprimer.
Le sentiment patriotique se compose des souvenirs que les grands hommes ont laissés, de l'admiration qu'inspirent les chefs-d'oeuvre du génie national, enfin de l'amour que l'on ressent pour les institutions, la religion et la gloire de son pays.
La parfaite vertu est le beau idéal du monde intellectuel.
La bonté ne demande pas, comme l'ambition, un retour à ce qu'elle donne; mais elle offre cependant aussi une manière d'étendre son existence et d'influer sur le sort de plusieurs.
Le don de révéler par la parole ce qu'on ressent au fond du coeur est très rare; il y a pourtant de la poésie dans tous les êtres capables d'affections vives et profondes; l'expression manque à ceux qui ne sont pas exercés à la trouver.
En apprenant la prosodie d'une langue, on entre plus intimement dans l'esprit de la nation qui la parle que par quelque genre d'étude que ce puisse être.
Rien n'est moins applicable à la vie qu'un raisonnement mathématique. Une proposition en fait de chiffres, est décidément fausse ou vraie; sous tous les autres rapports le vrai se mêle avec le faux.
Les Français hommes d'esprits, lorsqu'ils voyagent, n'aiment point à rencontrer, parmi les étrangers, l'esprit français, et recherchent surtout les hommes qui réunissent l'originalité nationale à l'originalité individuelle.
Quand on aime et qu'on ne se croit pas aimer, on se blesse de tout, et chaque instant de la vie est une douleur, et presque une humiliation.
Les jouissances de l'esprit sont faites pour calmer les orages du coeur.
Les Français pensent et vivent dans les autres, au moins sous le rapport de l'amour-propre: et l'on sent, dans la plupart de leurs ouvrages, que leur principal but n'est pas l'objet qu'ils traitent, mais l'effet qu'ils produisent.
C'est une question si rebattue que celle des trois unités, qu'on n'ose presque pas en parler; mais de ces trois unités il n'y en a qu'une d'importante, celle de l'action, et l'on ne peut jamais considérer les autres que comme lui étant subordonnées.
On parle souvent dans les arts du mérite de la difficulté vaincue; néanmoins, on l'a dit avec raison, ou cette difficulté ne se sent pas, et alors elle est nulle; ou elle se sent; et alors elle n'est pas vaincue.
L'existence végétative du midi de l'Allemagne a quelques rapports avec l'existence contemplative du nord: il y a du repos, de la paresse et de la réflexion dans l'une et l'autre.
J'ai employé la première un mot nouveau, la vulgarité, trouvant qu'il n'existait pas encore assez de termes pour proscrire à jamais toutes les formes qui supposent peu d'élégance dans les images et peu de délicatesse dans l'expression.
Un français sait encore parler, lors même qu'il n'a point d'idées; un Allemand a toujours dans sa tête un peu plus qu'il n'en saurait exprimer.
Le mérite des Allemands, c'est de bien remplir le temps; le talent des Français, c'est de le faire oublier.
Il y a quelque chose de triste au fond de la plaisanterie fondée sur la connaissance des hommes: la gaieté vraiment inoffensive est celle qui appartient seulement à l'imagination.
En cherchant la gloire, j'ai toujours espéré qu'elle me ferait aimer.
Il n'y a que deux classes d'hommes distinctes sur la terre, celle qui sent l'enthousiasme et celle qui le méprise.
La bêtise et la sottise diffèrent essentiellement en ceci, que les bêtes se soumettent volontiers à la nature, et que les sots se flattent toujours de dominer la société.
C'est beaucoup pour les hommes d'avoir des phrases à dire en faveur de leur conduite : ils s'en servent d'abord pour tromper les autres, et finissent par se tromper eux-mêmes.

Œuvres de Madame de Staël

A Chateaubriand.Considérations sur les principaux événements de la Révolution française (1818)Corinne ou l'Italie (1807)Corinne ou l'Italie (1807), IV, 3Corinne ou l'Italie (1807), VCorinne ou l'Italie (1807), VI, 3, Lettre d'Oswald à Corinne, 24 janvier 1795Corinne ou l'Italie (1807), XIV, 3Correspondance avec Pedro de Souza.De l'Allemagne (1810)De l'Allemagne (1810), IDe l'Allemagne (1810), I, 18De l'Allemagne (1810), IIDe l'Allemagne (1810), La religion et l'enthousiasmeDe l'Allemagne (1810), XDe l'Allemagne (1810), XIIIDe l'importance de la littérature dans ses rapports avec la vertuDe l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796)De la littératureDe la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800)Delphine (1802)