Auteur

Louise Labé

Je ne souhaite encore point mourir. - Mais quand mes yeux je sentirai tarir, - Ma voix cassée, et ma main impuissante, - Et mon esprit en ce mortel séjour - Ne pouvant plus montrer signe d'amante: - Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse! - Plaisant repos plein de tranquilité, - Continuez toutes les nuits mon songe.
Ne reprenez, dames, si j'ai aimé - Si j'ai senti mille torches brûlantes. - ... - Las, que mon coeur n'en soit par vous blâmé - Si j'ai failli les peines sont pressantes. - N'aigrissez point leurs pointes violentes.
Je vis, je meurs: je me brule et me noie, - J'ai chaud extrême en endurant froidure; - La vie m'est et trop molle et trop dure, - J'ai grands ennuis entremélés de joie.
Tant que ma main pourra les cordes tendre - Du mignart Lut, pour tes graces chanter; - Tant que l'esprit se voudra contenter - De ne rien vouloir rien fors que toy comprendre.
Tout en un coup je ris et je larmoie, - Et en plaisir maint grief tourment j'endure; - Mon bien s'en va, et à jamais il dure, - Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ne veuillez point condamner ma simplesse, - Et jeune erreur de ma folle jeunesse, - Si c'est erreur. Mais qui dessous les Cieux - Peut se vanter de n'être vicieux?
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; - J'ai chaud extrême en endurant froidure : - La vie m'est et trop molle et trop dure. - J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Œuvres de Louise Labé

Elégies (1555), IIISonnetsSonnets, VIISonnets, VIIISonnets, XIIISonnets, XIV