Toute la jeunesse aboutit sur la plage glorieuse, au bord de l'eau, là où les femmes ont l'air d'être libres enfin, où elles sont si belles qu'elles n'ont même plus besoin du mensonge de nos rêves.
Auteur
Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Les élans du coeur m'étaient devenus tout à fait désagréables, je préférais ceux du corps tout simplement.
La peur ne dit ni oui, ni non. Elle prend tout ce qu'on dit la peur, tout ce qu'on pense, tout. Ca ne sert pas même d'écarquiller les yeux dans le noir dans ces cas-là. C'est de l'horreur de perdue et puis voilà tout.
La grande défaite en tout, c'est d'oublier.
C'est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu'ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu'ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu'on est là.
La guerre avait brûlé les uns, réchauffé les autres, comme le feu torture ou conforte, selon qu'on est placé dedans ou devant.
Ca serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.
Mon sentiment c'était comme une maison où on ne va qu'aux vacances. C'est à peine habitable. Et puis aussi c'est exigeant un agonique. Agoniser ne suffit pas. Il faut jouir en même temps qu'on crève, avec les derniers hoquets faut jouir.
La beauté on sait que ça meurt, et comme ça on sait que ça existe.
Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
La grande fatigue de l'existence n'est peut-être en somme que cet énorme mal qu'on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c'est à dire immonde, atroce, absurde.
L'écrivain au fond, c'est le raté de tous les arts, poésie, musique, théâtre, politique ; le bâtard de toutes les muses ! Qu'il lui soit beaucoup pardonné.
La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève.
Je ne m'intéresse pas aux hommes, je m'intéresse aux choses.
On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité.
Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent.
On rêve de choses plus ou moins précises, on se laisse porter par ses ambitions, par ses rancunes, par son passé. C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
La bonté n'est qu'un petit courant mystique parmi les autres et dont on tolère difficilement l'indiscrétion.
L'homme est un être sentimental. Point de grandes créations hors du sentiment, et l'enthousiasme vite s'épuise chez la plupart d'entre eux à mesure qu'ils s'éloignent de leur rêve.
On n'est jamais mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a l'avenir.
J'étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C'est que je ne connaissais pas encore les hommes.
Dans la journée c'était pas drôle. C'était rare que je pleure pas une bonne partie de l'après-midi. Je prenais plus de gifles que de sourires, au magasin. Je demandais pardon à propos de n'importe quoi, j'ai demandé pardon pour tout.
On ne se parlait pas beaucoup, on n'avait plus grand-chose à se dire. D'abord, à quoi ça sert, les mots quand on est fixé ? A s'engueuler et puis c'est tout.
Un jour qui n'est rien qu'une simple journée de 24 heures c'est pas tolérable. Ca ne doit être qu'un long plaisir presque insupportable une journée, un long coït une journée, de gré ou de force.
La misère poursuit implacablement et minutieusement l'altruisme et les plus gentilles initiatives sont impitoyablement châtiées.
Œuvres de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Bagatelles pour un massacre (1937)Cahiers Céline, Tome ICasse-pipe (1949)Céline en verveD'un château l'autreD'un château l'autre (1947)Dans l'hebdomadaire l'Express, n° 312.Entretien avec le professeur YFéerie pour une autre foisFéerie pour une autre fois (1952-1954)Guignol's band (1944)Interview avec Louis Pauwels et André Brissaud (Radio-Télévision française), printemps 1959.L'EgliseL'Eglise (1933)La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)Le Pont de Londres (1964)Les Beaux DrapsLes Beaux Draps (1941)Lettre à Arthur MillerLettre, à Claude Lafaye, 20 octobre 1947?