Il n'y avait rien que la nuit, comme partout d'ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas.
Auteur
Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Par là, où il montrait, il n'y avait rien que la nuit, comme partout d'ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas de nous et même qu'il n'en sortait du noir qu'un petit bout de route grand comme la langue.
Pas de pognon, pas de fifres, pas de grosses caisses, pas d'émeutes par conséquent. Pas d'or, pas de révolution! pas plus de Volga que de beurre en branche, pas plus de bateliers que de caviar!
Au bord du quai les pêcheurs ne prenaient rien. Ils n'avaient même pas l'air de tenir beaucoup à en prendre des poissons. Les poissons devaient les connaître. Ils restaient là tous à faire semblant.
La pluie d'Angleterre c'est un océan suspendu... On se noie peu à peu...
Maman elle, va s'écrouler sur la rampe... Elle se revomit complètement... Il lui est remonté une carotte... un morceau de gras... et la queue entière d'un rouget...
Dans le commerce, bien représenter c'est tout à fait essentiel. Un employé qui se néglige, c'est de la honte pour ses patrons... Sur les chaussures, vous êtes jugés!... Ne pas faire pauvre pour les arpions!...
Les riches c'est facile à amuser rien qu'avec des glaces par exemple, pour qu'ils s'y contemplent, puisqu'il n'y a rien de mieux au monde à regarder que les riches.
Papa manie la chaise, faut voir, comme une cognée, et maman le tison comme un sabre! Gare aux faibles alors! C'est le petit qui prend. Les torgnoles aplatissent au mur tout ce qui ne peut pas se défendre et riposter: enfants, chiens ou chats.
J'étais un rentier d'Esthétique. J'en avais mangé de la fesse et de la merveilleuse... je dois le confesser de la vraie lumière. J'avais bouffé de l'infini.
Ah! s'amuser avec sa mort tout pendant qu'il la fabrique, ça c'est tout l'Homme, Ferdinand!
Souvent les personnes délicates c'est des personnes qui peuvent pas jouir.
Pour bien enchaîner ma Légende j'aurais pu me documenter auprès de personnes délicates... accoutumées aux sentiments... aux mille variantes des tons d'amours... J'aime mieux me débrouiller tout seul.
J'aimais pas moi, les questions. Je me renfrognais aussitôt... Avouer ça attire les malheurs.
On se fatigue de tout sauf de dormir et de rêvasser.
Les malheurs ça se fatigue aussi...
Les enfants, c'est comme les années, on les revoit jamais.
La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans à l'avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
Jamais ou presque, ils ne demandent le pourquoi, les petits, de tout ce qu'ils supportent. Ils se haïssent les uns les autres, ça suffit.
Tout pour la nuit! C'est ma devise! Il faut tout le temps songer à la nuit.
Un patron se trouve toujours un peu rassuré par l'ignominie de son personnel.
On n'échappe pas au commerce américain.
Le propriétaire c'est pire que de la merde. Voilà tout.
J'étais aux prises ici pour ma part avec un torrent de sensations inconnues. Il y a un moment entre deux genres d'humanités où l'on en arrive à se débattre dans le vide.
On se trompe peut-être toujours quand il s'agit de juger le coeur des autres.
Œuvres de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Bagatelles pour un massacre (1937)Cahiers Céline, Tome ICasse-pipe (1949)Céline en verveD'un château l'autreD'un château l'autre (1947)Dans l'hebdomadaire l'Express, n° 312.Entretien avec le professeur YFéerie pour une autre foisFéerie pour une autre fois (1952-1954)Guignol's band (1944)Interview avec Louis Pauwels et André Brissaud (Radio-Télévision française), printemps 1959.L'EgliseL'Eglise (1933)La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)Le Pont de Londres (1964)Les Beaux DrapsLes Beaux Draps (1941)Lettre à Arthur MillerLettre, à Claude Lafaye, 20 octobre 1947?