Sur les banquettes autour de nous des festoyeurs un peu saouls dormaient déjà.
Auteur
Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Il est content... il exulte ! ... il sursaute sur son gros fias...
J'avais peut-être une petite chance que ça soye pas tout du flan son départ en Chine !... qu'il m'embarque !... que ça se décide !
Cette confiance de votre Directeur m'apparaît comme la plus flatteuse des promotions, mon cher Docteur !
Surtout qu'il commençait à se lever un petit vent de rivière et que flottaient dans le cadre des fenêtres les rideaux tuyautés comme autant de petits drapeaux de fraîche gaieté.
Son attention précise et autrefois assez sévère flottait à présent entraînée vers de fabuleuses, interminables digressions.
Parfois elles étaient si dures, les nouvelles selles merveilleuses qu'elle en éprouvait un mal affreux au fondement...
Elle avait la certitude que si elle ouvrait sa porte les forces hostiles déferleraient chez elle, s'empareraient d'elle et que ça serait fini une fois pour toutes.
Je ne pipais pas pendant qu'il me parlait. Il en fut donc pour ses frais de confidences.
Jamais il quittait son local, jamais il se déshabillait, il gardait sur lui toutes ses fripes, ses pélerines et son turban.
Le délire scientifique plus raisonné et plus froid que les autres est en même temps le moins tolérable d'entre tous.
Ah ! petit fumier ! tu me défies ? petit maquereau ! petite ordure !
De fureur, il s'en va cogner un grand coup dans le petit poêle. Tout s'écroule, tout se renverse...
Après tout, lorsque le temps d'en finir est venu, lorsque l'égoïsme nous relâche un peu, en fait de souvenir on ne garde au coeur que celui des femmes qui aimaient vraiment un peu les hommes, pas seulement un seul, même si c'était vous, mais tous.
Pour pas foncer dans les gadouilles, pour pas rester dans les terreaux, on avançait l'un derrière l'autre, sur une enfilade de planchettes.
Il avait gagné comme ça, mon dabe, en une seule séance, à Enghien, d'un coup six cents francs sur «Carotte» et puis encore sur «Célimène» deux cent cinquante à Chantilly... Ca l'avait grisé... Il allait risquer davantage...
Mon boulot consistait encore, d'autre part, avant l'heure des cours, à faire promener et pisser les chiens de garde du magasin.
Je ne présentais qu'un seul avantage moi, en somme, mais alors celui qui vous est difficilement pardonné, celui d'être presque gratuit, ça fait tort au malade et à sa famille un médecin gratuit, si pauvre soit-elle.
Ainsi les rares énergies qui échappaient au paludisme, à la soif, au soleil, se consumaient en haines si mordantes, si insistantes, que beaucoup de colons finissaient par en crever sur place, empoisonnés d'eux-mêmes, comme des scorpions.
Ils racontaient sur mon compte des horreurs à n'en plus finir et des mensonges à s'en faire sauter l'imagination.
Je vais apprendre l'anglais les hommes si ça continue!... Je veux comprendre un peu ce qu'ils déconnent, comment qu'ils leur bourrent la tête! puisque ça les rend tous fous!... ça doit être fameux! Je voudrais entendre leur jaspin!...
Il n'y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger.
C'est bien agréable une langue dont on ne comprend rien... C'est comme un brouillard aussi qui vadrouille dans les idées... C'est bon, y a pas meilleur... C'est admirable tant que les mots ne sortent pas du rêve...
Quand on a un bon culot, ça suffit, presque tout alors vous est permis, absolument tout, on a la majorité pour soi et c'est la majorité qui décrète de ce qui est fou et de ce qui ne l'est pas.
En convalescence, on me l'avait apportée la médaille, à l'hôpital même. Et le même jour, je m'en fus au théâtre, la montrer aux civils pendant les entractes. Grand effet. C'était les premières médailles qu'on voyait dans Paris. Une affaire!
Œuvres de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline
Bagatelles pour un massacre (1937)Cahiers Céline, Tome ICasse-pipe (1949)Céline en verveD'un château l'autreD'un château l'autre (1947)Dans l'hebdomadaire l'Express, n° 312.Entretien avec le professeur YFéerie pour une autre foisFéerie pour une autre fois (1952-1954)Guignol's band (1944)Interview avec Louis Pauwels et André Brissaud (Radio-Télévision française), printemps 1959.L'EgliseL'Eglise (1933)La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)Le Pont de Londres (1964)Les Beaux DrapsLes Beaux Draps (1941)Lettre à Arthur MillerLettre, à Claude Lafaye, 20 octobre 1947?