Auteur

Julien Green

En quoi suis-je responsable? demanda-t-elle d'une voix entrecoupée. - Taisez-vous! fit Mme Legras. Je ne suis pas juge d'instruction pour que vous essayiez de vous disculper.
Une jaquette et une robe de serge bleue dissimulaient assez mal la maigreur de son corps, bien qu'elles fussent largement coupées.
Ces trois personnes réunies autour de cette lampe, que d'intérêts les divisaient, que de pensées hostiles dans leurs coeurs!
Rois, reines et valets dansaient devant ses yeux. Elle choisit un as de trèfle; se ravisa, prit un dix de carreau.
Son nez était droit et mince, quoique les narines en fussent bien ouvertes.
Le jour de l'enterrement, on nous fit monter dans un grand carrosse noir tiré par un cheval marchant au pas et dûment caparaçonné.
Son dur et long profil se détachait en silhouette dans une sorte de halo.
Sans doute n'ignorait-elle pas qu'on la jugeait durement et que plusieurs des personnes qui lui parlaient avec douceur, lorsqu'elle les rencontrait, ne se faisaient pas faute de la rudoyer dans leurs conversations entre elles.
Elle avait beau paraître impérieuse, effrayer son mari par sa dureté, elle était faible, plus faible que ceux à qui elle en imposait tant.
La pénombre de la chambre ne lui seyait pas; elle alla vers la fenêtre et d'un seul coup écarta les rideaux.
Sa mémoire ne laissait rien échapper et tout lui semblait précieux dans les cent petits détails qu'elle glanait chaque jour.
Même si on l'avait pris, il y a des prisonniers qui s'échappent. Qui sait s'il ne serait pas revenu par ici pour m'égorger?
Elle ... toussa comme font souvent les personnes qui parlent seules, sans doute pour faire croire à ceux qui les auraient entendues qu'elles s'éclaircissent la gorge.
Les musiciens s'accordaient; soudain, après un bref silence, une marche pompeuse et bruyante éclata.
Cette liqueur épaisse l'écoeura. Elle en avala une gorgée, puis regarda l'étiquette d'un air de dégoût.
Trouvé une carte que Reine Gianoli m'avait écrite il y a un an: Je joue à la radio un concerto de Saint-Saëns. Ecoutez-le, si vous aimez la haute école ...
Cette oasis édénique où tout est fait pour le plaisir de l'homme.
Toute la laideur morale de l'individu paraissait, résumée dans son nez que la nature avait éffilé en bec d'oiseau.
La timidité de cet homme se communiquait à elle et la gênait; elle n'était pas accoutumée à ce silence, à cette attitude pleine d'égards et de soumission.
Elle se tournait et se retournait dans son lit, cherchant sur le traversin un endroit que le poids de sa tête n'eût pas encore creusé.
A Bruxelles, on juge une empoisonneuse qui n'a pas envoyé moins de douze personnes dans l'au-delà.
Il me parle de M. Pouget qui était «encombrant», qu'on voyait dans les couloirs avec sa machine à écrire.
Elle relut cette lettre et, à défaut d'un buvard, l'agita un instant pour en sécher l'encre.
Messieurs, je deviens vieux et tombe en enfance. Traitez-moi comme un enfant.
Dans cet enfer de pierre, de brique et de métal, où pas une feuille d'arbre ne vient rafraîchir la vue.

Œuvres de Julien Green

Adrienne MesuratAdrienne Mesurat (1927)Ce qui reste de jour (1966-1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972), 16 janvier 1971Chaque Homme dans sa nuit (1960)Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 6 novembre 1938Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 8 février 1939Devant la porte sombre (1940-1943)Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 20 mai 1942Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 22 mars 1943Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 25 mai 1941Devant la porte sombre (1940-1943), Journal, 23 mai 1941Discours de réception à l'Académie française, 16 novembre 1972.En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Journal XVII (2001), 1 mars 1997Jeunes Années (1985)JournalJournal (1941-1943)Journal (1971)Journal, 1 juillet 1967