Votre ami revient d'un long voyage... Faut-il vous livrer à lui de prime abord ? Cela n'est guère prudent. S'il était changé ? ... Tâtez-le donc près du coeur, au moins un instant.
Ce que nous savons est court ce que nous pressentons, immense : par là le poète déborde l'érudit.
Dieu nous visite, mais, la plupart du temps, nous ne sommes pas chez nous.
Nous nous corrigeons moins de nos défauts que de nos qualités.
«Toute opinion sincère est respectable...» Je distingue : la sincérité est chose respectable. L'opinion... oui, si elle est honnête. Sinon, non.
Un mérite incontesté n'a pas grand'peine à paraître modeste.
L'homme qui s'abstient par scrupule de flatter les grands à bientôt fait de leur être suspect.
Le mal triomphe souvent, il ne vainc jamais.
Tel désordre, effet d'une puissante nature, est le comble de l'art.
Aucun labeur n'est sans espérance.
Les calomniés sont comme les fruits, ils sont mordus, donc ils sont bons.
Le téméraire prévaut là et maintenant ; le prudent à la longue et partout.
Ce qui achève de pervertir le méchant finit de convertir le bon.
Il est une lenteur en affaires qui les mûrit, et une lenteur qui les pourrit.
Le réel donne l'exact ; l'idéal ajoute le vrai.
Préférons, n'excluons point.
Un visage toujours serein possède un mystérieux et puissant attrait : Les coeurs tristes s'y viennent réchauffer comme au soleil.
Il n'y a pas d'humiliation pour l'humilié.
Nous sentons mieux que quelqu'un a tort quand c'est envers nous qu'il a tort.
La langue se mettant à l'aise met tout à la gêne.
Réussir fait valoir nos qualités, et ne pas réussir fait valoir nos défauts.
Pascal est sombre, La Rochefoucauld amer, La Bruyère malin, Vanvenargues mélancolique, Chamfort âcre, Joubert bienveillant, Swetchine douce.
Pascal cherche, La Rochefoucauld suspecte, La Bruyère épie, Vauvenargues opine, Chamfort condamne, Joubert excuse, Swetchine plaint.
Pascal a une obsession, La Rochefoucauld un parti pris, La Bruyère un point de vue, Vauvenargues un idéal, Chamfort un ressentiment, Joubert une aspiration, Swetchine une espérance.
Pascal rapporte tout à une folie, La Rochefoucauld à un vice, La Bruyère à un travers, Vauvenargues à un principe, Chamfort à un abus, Joubert à un sentiment, Swetchine à une croyance.
Pascal est profond, La Rochefoucauld pénétrant, La Bruyère sagace, Vauvenargues délicat, Chamfort paradoxal, Joubert ingénieux, Swetchine contemplative.
Pascal est un problème, La Rochefoucauld un verdict, La Bruyère une étude, Vauvenargues un aperçu, Chamfort un réquisitoire, Joubert une image, Swttchine une prière.
Pascal paraît hypocondre, La Rochefoucauld misanthrope, La Bruyère apathique, Vauvenargues cordial, Chamfort rageur, Joubert tranquille, Swetchine sereine...
Émettre des « Pensées », voilà ma consolation, mon délice, ma vie. Moi aussi je m'écrierais, dans un sens autre : « Je pense, donc je suis ! »
C'est une entreprise difficile, une entreprise délicate que d'écrire des « pensées ». Quel esprit avisé, quelle imagination féconde, quel sentiment juste et profond des choses, quel style heureux il y faudrait, même pour être médiocre !
On cite Virgile et l'on a raison, on cite peu Homère et l'on a tort.
Œuvres de Joseph Roux