Auteur

Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul

Tout flatteur rencontre aussi quelqu'un qui le flatte à son tour. Le ver solitaire renferme en lui d'autres petits vers.
Les petites douleurs nous mettent hors de nous, les grandes nous rendent à nous-mêmes. Une cloche fêlée ne produit qu'un son sourd; fendez-la, elle rendra de nouveau un son éclatant.
Les hommes ne trahissent jamais plus facilement ni plus fortement leurs projets que lorsqu'ils échouent.
La vertu par elle-même ne donne aucune consolation, lorsqu'on a perdu un ami; et le coeur de l'homme blessé par l'amitié continue toujours à saigner cruellement, sans que le génie de l'amour puisse le guérir.
Les passions sont des licences poétiques que prend la liberté morale.
Qu'il est touchant de voir deux amis vieillir ensemble! La jeunesse semble se prolonger tant que le compagnon de notre jeune âge n'est point perdu.
L'homme gravit avec peine les hauteurs de l'amour idéal; mais, comme sur les autres montagnes, ce qui lui est encore plus difficile, c'est d'en redescendre.
Personne n'est tout-à-fait tolérant ni entièrement intolérant; chacun pardonne à son insu des fautes légères: l'homme borné, de même que l'habitant de la vallée, ne voit qu'un chemin, le montagnard les découvre tous.
Le poison moral rend la langue aussi légère que le poison physique la rend pesante.
La verve poétique n'est pas toujours au commandement de l'écrivain, et le génie tombe presque aussi souvent en défaillance que les femmes.
L'homme ne fait que passer sur cette terre: son arbre généalogique est si caduc. Pourquoi donc tant de différence entre un nom de famille et un nom de baptême?
Un coeur plein d'amour peut tout pardonner, même la dureté envers lui; mais non la dureté envers les autres.
Rien de plus pitoyable que de voir un homme chercher d'une manière quelconque à s'attribuer un mérite qui ne lui appartient pas.
Il est difficile à un homme de distinguer dans le coeur d'une femme la volonté de l'instinct, les idées des sentiments, et de compter toutes les étoiles qui brillent sur ce ciel obscur.
L'homme est pour l'amitié comme la femme pour l'amour, et vice versa; c'est-à-dire qu'ils s'attachent plus à l'objet qu'au sentiment.
L'homme préfère son plaisir à son bonheur, celui dont la société lui est agréable à son bienfaiteur, des perroquets, des chiens et des singes à d'utiles bêtes de somme.
On n'a pas besoin de beaucoup moins que de tout pour être heureux et de beaucoup plus que de rien pour être malheureux.
On sait aussi peu comment les hommes veillent que comment ils dorment; on ne connaît ni leur plus grande crainte, ni leur plus grand espoir.
Ce qui rend la vieillesse morose, ce n'est pas la perte de ses joies, mais celle de ses espérances.
Beaucoup de gens se laissent enlacer par l'érudilion comme par un lierre desséchant.
La richesse est plus contraire aux talents que la pauvreté: combien de grands génies enterrés sous des millions ou sous des trônes!
La louange est et plus rare et plus difficile que la flatterie.
C'est lorsqu'on se trouve au milieu de gens grossiers que l'on apprend à faire cas des gens trop délicats et qui ont des manières recherchées.
Au lit de mort et après une belle action, il est facile à l'homme, et c'est même un besoin pour lui de tout pardonner.
Les femmes de génie sont pour la plupart esprits-forts; les hommes de génie, au contraire, ont généralement de la foi.

Œuvres de Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul

Blumen, Frucht und DornenstückeBlumen, Frucht und Dornenstücke (1796)Die Unsichtbare LogeEtre là dans l'existenceEtre là dans l'existence (1998)Hesperus (1795)La Vie de Quintus Fixlein (1796)Le JubiléPenséesPensées extraites de tous les ouvrages de Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-PaulTitan (1800)