Je l'ai trop aimé pour ne point le haïr.
Je vous le dis, il faut ou périr ou régner. - Mon coeur, désespéré d'un an d'ingratitude, - Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude. - C'est craindre, menacer et gémir trop longtemps. - Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends.
Aimer une captive, et l'aimer à vos yeux, - Tout cela n'a donc pu vous le rendre odieux ? - Après ce qu'il a fait, que saurait-il donc faire ? - Il vous aurait déplu, s'il pouvait vous déplaire.
Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir, - Ah ! je l'ai trop aimé pour ne le point haïr !
Hélas ! qui peut savoir le destin qui m'amène ? - L'amour me fait ici chercher une inhumaine. - Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort, - Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ?
Ses yeux, qui vainement voulaient vous éviter, - Déjà pleins de langueur ne pouvaient vous quitter. - Le nom d'amant peut-être offense son courage ; - Mais il en a les yeux, s'il n'en a le langage.
Seigneur, ne jugez pas de son coeur sur le vôtre.
Ah ! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance, - Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance.
Ah ! que sous de beaux noms cette gloire est cruelle ! - Combien mes tristes yeux la trouveraient plus belle, - S'il ne fallait encore qu'affronter le trépas !
Au travers des périls un grand coeur se fait jour. Que ne peut l'amitié, conduite par l'amour !
Faut-il qu'un si grand coeur montre tant de faiblesse ?
J'ai voulu te paraitre odieuse, inhumaine ; - Pour mieux te résister, j'ai recherche ta haine. - De quoi m'ont profits mes inutiles soins ? - Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Depuis huit jours je règne et jusqu'à ce jour, - Qu'ai-je fait pour l'honneur ? J'ai tout fait pour l'amour.
Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera : - Tel qui rit vendredi dimanche pleurera.
Nous séparer ? Qui ? Moi ? Titus de Bérénice ?
Las de se faire aimer il veut se faire craindre.
L'inimitié succède à l'amitié trahie.
Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables.
L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en son âme. - Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux - Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.
Plutôt qu'ébranler la justice par la force qui fait haïr, mieux vaut se refuser une victoire décriée. On goûte un triomphe d'une heure, mais bientôt il se fane et fait la honte d'un foyer.
Eh bien, Antiochus, es-tu toujours le même ? - Pourrai-je sans trembler, lui dire : « Je vous aime ? »
La fille de Minos et de Pasiphaé.
Œnone : Aimez-vous ? - \r\nPhèdre : De l'amour j'ai toutes les fureurs. - \r\nŒnone : Pour qui ? - \r\nPhèdre : Tu vas ouïr le comble des horreurs. - \r\nJ'aime... À ce nom fatal, je tremble, je frissonne. - \r\nJ'aime... - \r\nŒnone : Qui ? - \r\nPhèdre : Tu connais ce fils de l'Amazone, - \r\nCe prince si longtemps par moi-même opprimé. - \r\nŒnone : Hippolyte ! Grands dieux ! - \r\nPhèdre : C'est toi qui l'as nommé.
Phèdre : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. - \r\nUn trouble s'éleva dans mon âme éperdue : - \r\nMes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler. - \r\nJe sentis tout mon corps et transir et brûler. - \r\nJe reconnus Vénus, et ses feux redoutables, - \r\nD'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Phèdre : Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée : - \r\nJe l’aime, non point tel que l’ont vu les enfers, - \r\nVolage adorateur de mille objets divers, - \r\nQui va du dieu des morts déshonorer la couche ; - \r\nMais fidèle, mais fier, et même un peu farouche, - \r\nCharmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, - \r\nTel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous vois. - \r\nIl avait votre port, vos yeux, votre langage ; - \r\nCette noble pudeur colorait son visage, - \r\nLorsque de notre Crète il traversa les flots, - \r\nDigne sujet des vœux des filles de Minos. - \r\nQue faisiez-vous alors ? pourquoi, sans Hippolyte, - \r\nDes héros de la Grèce assembla-t-il l’élite ? - \r\nPourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors - \r\nEntrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ? - \r\nPar vous aurait péri le monstre de la Crète, - \r\nMalgré tous les détours de sa vaste retraite : - \r\nPour en développer l’embarras incertain, - \r\nMa sœur du fil fatal eût armé votre main. - \r\nMais non : dans ce dessein je l’aurais devancée ; - \r\nL’amour m’en eût d’abord inspiré la pensée. - \r\nC’est moi, prince, c’est moi, dont l’utile secours - \r\nVous eût du labyrinthe enseigné les détours. - \r\nQue de soins m’eût coûtés cette tête charmante ! - \r\nUn fil n’eût point assez rassuré votre amante : - \r\nCompagne du péril qu’il vous fallait chercher, - \r\nMoi-même devant vous j’aurais voulu marcher ; - \r\nEt Phèdre au labyrinthe avec vous descendue - \r\nSe serait avec vous retrouvée ou perdue.\r\n
Œuvres de Jean Racine
A M. VitartAbrégé de l'Histoire de Port-RoyalAbrégé de l'histoire de Port Royal (édition posthume 1767)Alexandre le grand (1665)Alexandre le grand (1665), III, 2Andromaque (1667)Andromaque (1667), I, 1Andromaque (1667), I, 1, OresteAndromaque (1667), I, 1, PyladeAndromaque (1667), I, 2, PyrrhusAndromaque (1667), I, 4, AndromaqueAndromaque (1667), I, 4, PyrrhusAndromaque (1667), II, 1Andromaque (1667), II, 1, HermioneAndromaque (1667), II, 2, OresteAndromaque (1667), II, 5Andromaque (1667), II, 5, PyrrhusAndromaque (1667), III, 1Andromaque (1667), III, 1, OresteAndromaque (1667), III, 1, Pylade