Auteur

Jean Genet

Les galériens frissonnaient dans leurs costumes de toile grise (le fagot). On leur distribuait un bouillon fade et tiède dans une écuelle de bois.
Sa séduction sera implacable. S'il ne tenait qu'à moi, j'en ferais un héros fatal comme je les aime. Fatal, c'est-à-dire décidant du sort de ceux qui les regardent, médusés.
De temps en temps peut-être quittait-il le café plein de fumée pour les glacis des fortifs.
Tu vas pas me faire croire que t'as réussi à le fourrer ?
Tu vois ce gars-là, dit-il à sa femme, c'est un pote. C'est un frangin. Il pourra venir à la piaule quand il voudra.
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.
Le pantalon de travail en toile bleue, qu'il portait, étant trop petit pour lui, serrait ses fesses et ses cuisses. C'était peut-être un des frocs de Jean.
Mignon aime Divine de plus en plus profondément, c'est à dire de plus en plus sans le savoir. Mot à mot il s'attache. Mais de plus en plus il la néglige.
Je sais qu'un possible bonheur m'échappe encore et m'échappe parce que je l'ai rêvé.
Il ne méprisait pas Mario d'avoir peur. Depuis longtemps il connaissait la noblesse de la frousse avouée, celle qui s'exprime ainsi: «J'ai les foies. J'ai les jetons, les chocottes ...».
Quand j'étais misérable, marchant dans la pluie ou le vent, la plus petite anfractuosité, le moindre abri devenait habitable.
Je m'avançais lentement, sûrement, avec la certitude d'être le personnage héraldique pour qui s'est formé un blason naturel: azur, champ d'or, soleil, forêts.
Je croyais le cerveau du plus scrupuleux bourgeois berlinois recéler des trésors de duplicité, de haine, de méchanceté, de cruauté, de convoitise. J'étais ému d'être libre au milieu d'un peuple entier mis à l'index.
Ma joie serait grande de le pouvoir nommer fripon, fripouille, canaille, crapule, voyou, filou, jolis noms chargés d'évoquer ce que par dérision vous appelez un joli monde.
De prison en prison je traversai la Yougoslavie. J'y rencontrai des criminels, violents et sombres, jurant dans une langue sauvage, où les injures sont les plus belles du monde.
Le talent c'est la politesse à l'égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui était muet.
La solitude ne m'est pas donnée, je la gagne. Je suis conduit vers elle par un souci de beauté. J'y veux me définir, délimiter mes contours, sortir de la confusion, m'ordonner.
Le jardinier est la plus belle rose de son jardin.
Il faut poursuivre les actes jusqu'à leur achèvement. Quel que soit leur point de départ la fin sera belle. C'est parce qu'elle n'est pas achevée qu'une action est infâme.
Le jour sourit mauvais derrière mon carreau. - La prison pour mourir est une fade école.
Si la sainteté est mon but, je ne puis dire ce qu'elle est. Mon point de départ c'est le mot lui-même qui indique l'état le plus proche de la perfection morale. Dont je ne sais rien, sauf que sans elle ma vie serait vaine.
Tuer un homme est le symbole du Mal. Tuer sans que rien ne compense cette perte de vie, c'est le Mal, Mal absolu.
Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite.
Une tête de volé c'est hideux. Des têtes de volés qui l'encadrent donnent au voleur une arrogante solitude.
L'activité du voleur est une succession de gestes étriqués, mais brûlants. Venant d'un intérieur calciné, chaque geste est douloureux, pitoyable. Ce n'est qu'après le vol, et grâce à la littérature, que le voleur chante son geste.

Œuvres de Jean Genet

Journal du Voleur (1949)L'Ennemi déclaré (1991)Le Bagne (1994)Le Condamné à mort (1948)Le Journal du voleur (1949)Les Bonnes (1947)Les Nègres (1958)Les bonnesMiracle de la Rose (1947)Notre-Dame des Fleurs (1944)Notre-Dame-des-Fleurs (1944)Pompes funèbresPompes funèbres (1947)Querelle de Brest (1947)