Auteur

Jean de La Bruyère

Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes et dans l'opinion des hommes que nous connaissons flatteurs ... : quelle bizarrerie!
On ne vit point assez pour profiter de ses fautes; on en commet pendant tout le cours de sa vie, et tout ce que l'on peut faire. A force de faillir, c'est de mourir corrigé...
Un sot est celui qui n'a pas même ce qu'il faut d'esprit pour être fat.
Regretter qui on a aimé est un bien en comparaison de vivre avec qui on dédaigne.
En amour, il n'y a guère d'autre raison de ne plus s'aimer que de s'être trop aimés.
Oserais-je dire que le coeur concilie les choses contraires, et admet les incompatibles?
On n'a guère vu jusqu'à présent un chef-d'oeuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs.
J'ai vu souhaiter d'être fille, et une belle fille, depuis treize ans jusqu'à vingt-deux, et après cet âge, de devenir un homme.
Les haines sont si longues et si opiniâtrées, que le plus grand signe de mort dans un homme malade, c'est la réconciliation.
Pour les femmes du monde, un jardinier est un jardinier, et un maçon est un maçon; pour quelques autres plus retirées, un maçon est un homme, un jardinier est un homme.
Il faut en France beaucoup de fermeté et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi, et à ne rien faire.
Un caractère bien fade est celui de n'en avoir aucun.
Une femme qui n'a qu'un amant croit n'être point coquette; celle qui a plusieurs amants croit n'être que coquette.
Ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit: peut-être alors croira-t-on que vous en avez.
Si le financier manque son coup, les courtisans disent de lui: c'est un bourgeois, un homme de rien, un malotru; s'il réussit, ils lui demandent sa fille.
De bien des gens, il n'y a que le nom qui vaille quelque chose. Quand vous les voyez de fort près, c'est moins que rien; de loin, ils imposent.
Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs.
Une femme n'est pas plus honorée par le nom de son mari que par le nom de son amant.
L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts.
Je fus étonné de voir jusqu'à sept ou huit personnes se rassembler sous ce même toit.
Il ne songe plus qu'à vivre et avoir de la santé.
Une mode a à peine détruit une autre mode, qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit et qui ne sera pas la dernière.
Je puis au moins acquiescer à cette doctrine.
Quand on est jeune, souvent on est pauvre: ou l'on n'a pas encore fait d'acquisitions, ou les successions ne sont pas échues.
Dans cent ans le monde subsistera encore en son entier: ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs.

Œuvres de Jean de La Bruyère

CaractèresDiscours de réception à l'Académie française, 15 juin 1693.Discours de réception à l'Académie française.Les Caractères (1696)Les Caractères (1696), 1, I, De la modeLes Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, I, Des jugementsLes Caractères (1696), 10, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, IV, De l'hommeLes Caractères (1696), 10, IV, Du coeurLes Caractères (1696), 11, I, De la modeLes Caractères (1696), 11, I, Des esprits fortsLes Caractères (1696), 11, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 11, IV, De quelques usagesLes Caractères (1696), 11, VI, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 119, I, De l'hommeLes Caractères (1696), 119, VI, Des jugementsLes Caractères (1696), 12, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 12, IV, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 12, VIII, De l'homme