Auteur

Jean de La Bruyère

Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde.
Il y a un goût dans la pure amitié où ne peuvent atteindre ceux qui sont nés médiocres.
Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères.
L'amour commence par l'amour; et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible.
L'amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre.
L'ennui est entré dans le monde par la paresse, elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs, du jeu, de la société; celui qui aime le travail a assez de soi-même.
L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux autres: celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit l'est de vous parfaitement.
L'honnête homme tient le milieu entre l'habile homme et l'homme de bien, quoique dans une distance inégale de ces deux extrêmes.
L'on craint la vieillesse, que l'on est pas sûr de pouvoir atteindre.
L'on n'aime bien qu'une seule fois, c'est la première: les amours qui suivent sont moins involontaires.
L'on veut faire tout le bonheur, ou, si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu'on aime.
L'on voit des hommes tomber d'une haute fortune par les mêmes défauts qui les y avaient fait monter.
La cour est comme un édifice de marbre; je veux dire qu'elle est composée d'hommes fort durs, mais fort polis.
La faveur des princes n'exclut pas le mérite, et ne le suppose pas aussi.
La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire; et de quelques autres, c'est de n'écrire point.
La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos.
La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues.
La philosophie, elle nous fait vivre sans une femme ou nous fait supporter celle avec qui nous vivons.
La plupart des femmes n'ont guère de principes; elles se conduisent par le coeur, et dépendent pour leurs moeurs de ceux qu'elles aiment.
La plupart des hommes emploient la meilleure partie de leur vie à rendre l'autre misérable.
La témérité des charlatans, et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins; ci ceux-ci laissent mourir, les autres tuent.
Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où l'on est de se trouver seuls.
Le devoir des juges est de rendre la justice; leur métier est de la différer, quelques-uns savent leur devoir et font leur métier.
Le flatteur n'a pas assez bonne opinion de soi ni des autres.
Le peuple n'a guère d'esprit et les grands n'ont point d'âme: celui-là a un bon fond et n'a point de dehors; ceux-ci n'ont que des dehors et qu'une simple superficie. Faut-il opter? Je ne balance pas, je veux être peuple.

Œuvres de Jean de La Bruyère

CaractèresDiscours de réception à l'Académie française, 15 juin 1693.Discours de réception à l'Académie française.Les Caractères (1696)Les Caractères (1696), 1, I, De la modeLes Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, I, Des jugementsLes Caractères (1696), 10, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, IV, De l'hommeLes Caractères (1696), 10, IV, Du coeurLes Caractères (1696), 11, I, De la modeLes Caractères (1696), 11, I, Des esprits fortsLes Caractères (1696), 11, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 11, IV, De quelques usagesLes Caractères (1696), 11, VI, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 119, I, De l'hommeLes Caractères (1696), 119, VI, Des jugementsLes Caractères (1696), 12, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 12, IV, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 12, VIII, De l'homme