Auteur

Jean de La Bruyère

Une personne humble, qui est ensevelie dans le cabinet, qui a médité, cherché, consulté, confronté, lu ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte.
Les plus sages doutent quelquefois s'il est mieux de connaître ces maux que de les ignorer.
Les provinciaux et les sots sont toujours prêts à se fâcher, et à croire qu'on se moque d'eux ou qu'on les méprise: il ne faut jamais hasarder la plaisanterie, même la plus douce et la plus permise, qu'avec des gens polis, ou qui ont de l'esprit.
L'on veut faire tout le bonheur ou, si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu'on aime.
Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie? Quelle plus grande faiblesse que d'être incertains quel est le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connaissances, et quelle en doit être la fin?
Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que de tout ce qui est au monde l'on n'estime que soi.
L'on peut avoir la confiance de quelqu'un sans en avoir le coeur: celui qui a le coeur n'a pas besoin de révélation ou de confiance; tout lui est ouvert.
La femme galante se fait craindre, et la coquette se fait haïr.
Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même.
L'esclave n'a qu'un maître; l'ambition en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune.
Il y a des misères sur la terre qui saisissent le coeur.
Le caractère des Français demande du sérieux dans le souverain.
Il y a beaucoup plus de vivacité que de goût parmi les hommes; ou pour mieux dire, il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse.
Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel.
Amas d'épithètes, mauvaises louanges: ce sont les faits qui louent, et la manière de les raconter.
Un esprit médiocre croit écrire divinement; un bon esprit croit écrire raisonnablement.
Corneille nous assujéttit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres; celui-là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tel qu'ils sont.
De bien des gens, il n'y a que le nom qui vale quelque chose. Quand vous les voyez de fort près, c'est moins que rien; de loin, ils imposent.
Il est doux de voir ses amis par goût et par estime; il est pénible de les cultiver par intérêt; c'est solliciter.
Les plus grandes choses n'ont besoin que d'être dites simplement: elles se gâtent par l'emphase. Il faut dire noblement les plus petites: elles ne se soutiennent que par l'expression, le ton et la manière.
Il n'y a rien qui rafraîchisse le sang comme d'avoir su éviter de faire une sottise.
Il faut savoir aujourd'hui très peu de chose pour bien prêcher.
Le métier de la parole ressemble en une chose à celui de la guerre: il y a plus de risque qu'ailleurs, mais la fortune y est plus rapide.
Il y a deux espèces de libertins: les libertins, ceux du moins qui croient l'être, et les hypocrites ou faux dévots, c'est-à-dire ceux qui ne veulent pas être crus libertins: les derniers dans ce genre-là sont les meilleurs.
Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même; il tend à de si grandes choses, qu'il ne peut se borner à ce qu'on appelle des trésors, des postes, la fortune et la faveur.

Œuvres de Jean de La Bruyère

CaractèresDiscours de réception à l'Académie française, 15 juin 1693.Discours de réception à l'Académie française.Les Caractères (1696)Les Caractères (1696), 1, I, De la modeLes Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, I, Des jugementsLes Caractères (1696), 10, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, IV, De l'hommeLes Caractères (1696), 10, IV, Du coeurLes Caractères (1696), 11, I, De la modeLes Caractères (1696), 11, I, Des esprits fortsLes Caractères (1696), 11, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 11, IV, De quelques usagesLes Caractères (1696), 11, VI, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 119, I, De l'hommeLes Caractères (1696), 119, VI, Des jugementsLes Caractères (1696), 12, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 12, IV, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 12, VIII, De l'homme