Si seulement le fou s'obstinait dans sa folie, il deviendrait sage.
Une fascination recouvrait depuis quelques heures cette région de la terre, c'était l'ombre morte et régulière de la planète même, et nous donnions de la bande vers les dernières profondeurs ; et maintenant à travers le soleil apparurent ces décharges de lumière qui vous enseignent le peu que nous savons sur les étoiles et la nature vraie de notre entourage.
Ce ne sont pas seulement leurs corps que je connais, mais leurs postures aussi, et leur pesanteur sur le lit ou le plancher, de sorte que je repose à l'intérieur de chacun d'eux comme épuisé sur un lit.
Dans un roman, une maison ou une personne tient entièrement sa signification, son existence même, de l'écrivain. Ici, une maison ou une personne ne tient de moi que sa signification la plus restreinte: sa vraie signification est bien plus grande, gigantesque. Elle est d'exister ici et maintenant, comme vous et moi, et comme aucun personnage de l'imagination ne peut exister. Son immense poids, son mystère et sa dignité tiennent en ce fait.
Quant à moi, je peux vous en dire seulement ce que j'en ai vu, seulement selon les moyen de la seule exactitude dont me voici capable: et ceci à son tour tient sa valeur cardinale, non de mes aptitudes, mais du fait que j'existe moi aussi, non à la façon d'un ouvrage de fiction, mais comme être humain.
Mais puisqu'il en est ainsi, je ferai le peu qui est en mon pouvoir en écrivant. Seulement ce sera très peu. Les capacités me manquent et si je les avais, vous ne vous approcheriez pas du tout du résultat. Car vous ne pourriez guère continuer à vivre si vous vous en approchiez.
Mon voeu est de parler avec autant de soin et d'aussi près de ce qui est vrai que j'en suis capable.
Nous sommes les premiers à admettre qu'à considérer l'Amérique de long en large, les loisirs de son peuple semblent encore plus sinistres que son travail.
Se trouver en présence d'une énigme absolue est chose rare, inattendue et saisissante ; et cela mérite toujours qu'on s'y attarde.
Une civilisation qui pour quelque raison que ce soit porte préjudice à une vie humaine, ou une civilisation qui ne peut exister qu'en portant préjudice à la vie humaine, ne mérite ni ce nom ni de perdurer. Et un être dont la vie se nourrit du préjudice imposé aux autres, et qui préfère que cela continue ainsi, n'est humain que par définition, ayant beaucoup plus en commun avec la punaise de lit, le ver solitaire, le cancer et les charognards des mers.
Le Noir fait partie du système du métayage de coton au même titre qu'il fait partie du système du labeur dans le Sud, c'est-à-dire qu'il est cet homme que le travailleur blanc naît en détestant et meurt en détestant. Et il est détesté parce que c'est un nègre ; détesté parce qu'on estime qu'aucune femme blanche laissée sans surveillance ne se trouve en sécurité à moins d'un kilomètre de lui ; détesté parce qu'il accepte de travailler pour une paie sur laquelle l'homme blanc cracherait et d'être traité d'une manière qui pousserait l'homme blanc au meurtre ; il est surtout détesté, bien sûr, par les blancs que les circonstances ont placés presque aussi bas sur l'échelle sociale que lui.
Aucun Noir n'est responsable de l'immense fardeau de brutalité physique et spirituelle qu'il a supporté et continue de supporter.
Invariablement les gens travaillent tant qu'ils peuvent tenir debout, et c'est là tout autant une question de tradition et de fierté que de nécessité et de pauvreté.
Cependant l'organisme humain a la vie tenace et il s'adapte de façon miraculeuse. Au cours de ce processus d'adaptation, il est parfois contraint de sacrifier plusieurs fonctions secondaires, comme la capacité de réfléchir, de ressentir des émotions, ou de percevoir quelque joie ou vertu dans le fait de vivre; cependant, il vit.
Et si la vérité est plus intéressante et plus complexe, mais aussi plus précieuse que le mensonge, alors il y a tout intérêt à ce que cette vérité soit reconnue.
Une civilisation qui pour quelque raison que ce soit porte préjudice à une vie humaine, ou une civilisation qui ne peut exister qu'en portant préjudice à la vie humaine, ne mérite ni ce nom ni de perdurer.
Une civilisation qui pour quelque raison que ce soit porte préjudice à une vie humaine, ou une civilisation qui ne peut exister qu'en portant préjudice à la vie humaine, ne mérite ni ce nom ni de perdurer. Et un être dont la vie se nourrit du préjudice imposé aux autres, et qui préfère que cela continue ainsi, n'est humain que par définition, ayant beaucoup plus en commun avec la punaise de lit, le ver solitaire, le cancer et les charognards des mers.
Œuvres de James Agee