Auteur

Graham Greene

On ne peut exercer de contrôle sur l'objet aimé. On le voit courir imprudemment vers le pont démoli, la route en précipice, l'horreur qui viendra dans soixante-dix ans, sans pouvoir l'arrêter.
Ils étaient habitués à voir mourir leurs enfants mais ils n'étaient pas habitués à la chose que le reste du monde connaît mieux que tout : voir un espoir s'évanouir.
On peut se fier à l'indulgence de Dieu, mais l'on ne peut se fier à la famine, aux hommes.
Il avait cru qu'en se faisant prêtre il deviendrait riche et important : voilà ce qu'on appelle avoir la vocation.
La joie est tributaire de la souffrance. La souffrance est partie essentielle de la joie. Quand nous avons faim, songez comme la nourriture nous paraît bonne !
Tout enfant vient au monde avec, dans une certaine mesure, le sens de l'amour ; mais il dépend des parents, des amis, que cet amour soit celui qui sauve ou celui qui damne.
Il suffit de retourner, comme un rocher, n'importe quelle situation pour que de petites contradictions absurdes et grouillantes s'en échappent de tous côtés.
Ce doit être réconfortant pour un soldat de savoir que des deux côtés les atrocités sont les mêmes : personne n'est jamais seul.
Si Dieu avait ressemblé à un crapaud, il eût été facile de supprimer tous les crapauds, mais dès le moment que Dieu est semblable à vous, il ne sert à rien de détruire des images de pierre, il faudrait vous suicider au milieu des tombes.
Personne ne sait combien de temps peut durer une seconde de souffrance. Elle peut durer le temps d'un purgatoire ou toute l'éternité.
Même si Dieu pardonne à la lâcheté et à la passion, est-il possible qu'Il pardonne à la piété machinale ?
Le malheur, comme la piété, peut devenir une habitude.
La peur peut fatiguer plus qu'une longue et monotone chevauchée.
Le coeur est une bête dont il est prudent de se méfier. L'intelligence en est une autre, mais elle, du moins, ne parle pas d'amour.
Il y a des gens qu'on reconnaît immédiatement comme des amis. Vous vous sentez à l'aise avec eux parce que vous savez que vous ne serez jamais, jamais en danger.
L'amateur a sur le professionnel un avantage de plus : il peut rejeter toute prudence. Il peut révéler d'inutiles vérités et émettre d'extravagantes théories.
Combien d'occasions, d'éclairs de lucidité l'on perd, simplement parce qu'une besogne n'est plus qu'une besogne.
On passe tant d'heures dans la vie à remettre à plus tard ce qui doit faire souffrir ; on ne perd jamais à surseoir.
Les femmes ont un si grand besoin de fierté : elles veulent être fières d'elles-mêmes, de leurs maris, de leur entourage. Elles sont rarement fières de l'invisible.
On peut livrer une guerre sans pitié aux êtres beaux, brillants, à ceux qui réussissent, mais pas à ceux qui sont dénués d'attraits : c'est alors que la meule de pierre pèse sur la poitrine.
Le désespoir est le prix qu'on doit payer lorsqu'on s'est fixé un but impossible. C'est le péché impardonnable, mais c'est un péché où ne tombent ni l'homme vraiment mauvais, ni le corrompu.
L'amitié est une émanation de l'âme. C'est quelque chose qu'on sent. On ne la donne pas en échange d'un autre don.
On n'est un être humain que si l'on vide la coupe. Si l'on est lâche un jour, si un autre jour on profite de quelque hasard heureux, la coupe vous est présentée une troisième fois.
Quand nous disons à quelqu'un : «je ne peux pas vivre sans toi», ce que nous avons dans l'esprit est en réalité : «Je ne peux pas vivre si je sens que tu souffres, que tu es malade ou dans le besoin».
Le mot PITIE est employé aussi abusivement que le mot AMOUR : cette terrible passion confuse dont si peu d'êtres subissent l'épreuve.

Œuvres de Graham Greene

L'Autre et son Double (1981)La Fin d'une liaison (1951)La Puissance et la Gloire (1940)La Puissance et la Gloire (1940), I, 1La Puissance et la Gloire (1940), I, 3La Puissance et la Gloire (1940), I, 4La Puissance et la Gloire (1940), II, 1La Puissance et la Gloire (1940), II, 2La Puissance et la Gloire (1940), III, 1La Puissance et la Gloire (1940), III, 3Le Fond du problème (1948)Le troisième homme (1950)Les Comédiens (1965)Notre agent à La Havane (1958)Un Américain bien tranquilleUn certain sens du réel (1963)Une sorte de vie (1971)Voyages avec ma tante (1969)